REVUE DES LIVRES 243 Il est vrai que le chapitre dont je relève les désobligeances à l'.1dresse des socialistes fut écrit le lendemain du vote de l'affichage des faux Henry. Ajalbert fut abasourdi de la majorité des votants contre laquelle ne s'élev.i pas un bulletin de vote socialiste. Inde ir,e. Je c01wiens qu'il y aYaitde quoi être stupéfait. J'étais loin de Paris alors, et à la lecture du compte rendu télégraphique de la séance, je crus à une erreur de transmission ou à une coquille, en voyant que l'affichage avait été voté à l'unanimité. Le lendemain, quand je constatai qu'on ne m'avait même pas fait \'Oter contre, je ne fus pas autrement étonné de la surprise dont les socialistes a\·aiem été victimes. Un grand nombre d'entre eux, - peu au courant, crurent de très bonne foi que le document lu par Cavaignac tranchait la question; les autres s'abstinrent, à demi incrédules, mais insuffisâmment documentés pour réagir contre l'effet énorme que dut produire Cavaignac. De là à avoir mérité les invectives d'Ajalbert, il y a loin. Ce fut, je le répète, non une défaillance, mais une surprise, qui n'arrêta d'ailleurs pas le combat, repris contre le militarisme dés le lendemain. Ces réservrs faites, les Deux Jusliccs sont un beau line \'ibrant de colères, passionné, comme il sied à un recueil d'articles écrits au jour le jour ; sincère et vécu, car on le lit d'un trait ~ans fatigue. Toutes ks p,1ges sont gonflées d'une indignation généreuse dont la \'éhémence continue n'exclut ni la variété des aperçu~ ni la dialectique aiguisée d'une polémique pleine dt: ressources et d'impré\'u. GUSTA\'E ROUANET. Recherches sur }'Histoire des Corps d'Arts et Métiers en Roussillon, par ALPHONSE DRAPÉ (1 ,·ol. i:1-8, Rousseau). - M. Drapé, l'auteur de cette consciencieuse et remarquable étude, a placé o::ntête de son livre cette phrase, empruntée à !'Essai sur l'Étud,· hisloriq11~du Droit, de Klimrath : « Rien dans la nature ni dans l'histoire ne change par des transitions brusques et mal ménagées; une succession insensible de degrés intermédiaires lie toujours l'état antérieur à l'état qui le suit. » Et notre auteur clôt ses rnnclusions par cette réflexion : « C'est la loi de la vie sociale, comme celle de la vie de l'individu, que tout évolue, se transforme, et l'histoire des hommes n'est qu'un perpétuel devenir. » - C'est le de\·enir des corporations roussillonnaises que M. Drapé retrace dans ce livre et on doit lui savoir gré des recherches laborieuses auxquelles il atlû se livrer pour l'écrire, car il n'est pas, à cette heure, de chapitre d'histoire plus intéressant que celui de l'évolution des corporations, encore si mal connue. Au lendemain de la Rholution, sous l'inspiration enthousiaste des historiens libéraux, toutes les institutions du Moyen-Age et de l'anrien régime furent condamnées en bloc ; puis, sous l'influence découragée des tragiques difficultés déchainées ·par l'ordre de choses économique nouve,tu, une réaction se produisit dans le jugement sévère porté jusque-1;1sur la période anté-révolutionnaire. La suppression des corporations avait dispersé les classes ouvrières, privées désormais de tout point d'appui et de résistance contre le nouveau pouvoir économique, au joug d'autant plus dur et accablant que les consciences individuelles étaient nées à des aspirations de droit et de justice dont les âpres réalités sociales semblaient la négation ironique et violente.
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