La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE REVUE DES LIVRES Les Deux Justices, par JEAN AJALBERT( r vol. in-r 8. Édition de la RevueBlrwc!Jc). - M. Ajalbert appartient à cette poignée de littérateurs et d'artistes qui, dès le premier jour, se jetèrent résolument à la suite de Zola, dans la magnifique lutte entreprise pour arracher un. innocent au bagne militaire. Ce fut une belle le,·ée de boucliers, que nous ayons beaucoup admirée et dont nous nous sommes réjouis, car elle semblait marquer la fin d'un divorce qui s'est prolongé trop longtemps entre la littérature et les questions passionnantes de droit et de justice, trop souvent indifférentes aux écrivains purement littéraires. Aussi, tout ce qui a été écrit au cours de ces quinze mois d'une bataille sans tréve ni répit par ceux que les violences dechaînécs contre Zola groupèrent autour du maître, exaltant leur courage et leur dévouement jusqu'à l'héroï,me, mérite d'être conserYé. Tout, jusqu'à leurs colères injustes et leurs récriminations excessives contre les hommes et ks partis, qui sur un autre champ de combat soutinrent la même lutte et dont M. Ajalbert méconnaît la part honorable prise au triomphe de la Yérité, en des conjonctures et des circonstances dont il ne soupçonne point les cruelles difficultés. M. Ajalbert reproche en effet au parti socialiste, pris en bloc, de s'être désintéressé de l'affaire Dreyfus et d'avoir abandonné Jaurès combattant tout seul pour l'innocence et la justîce. L'accusation est doublement injuste: d'une part parce que l'attitude du parti socialiste, pris en bloc, n'a pas été celle que lui reproche M. Ajalbert; ensuite parce que si l'affaire Dreyfus ne fut pas, en 1898, l'unique et exclusive préoccupation du parti; si même, parmi nous, certains doutèrent de la matérialité des faits im·oqués par les partisans de l'innocence, d'abord nombre des nôtres prirent la défense de Zola et de ses amis, puis tous, sans en excepter même ceux qui doutaient de l'innocence, menèrent le bon combat contre l'état-major et le militarisme. De sorte qu'en somme, c'est à l'action du parti socialiste qu'on doit d'avoir pu percer la croûte épaisse de mensonges et de calomnies dont l'affaire avait été entourée. Le plus curieux, c'est que le chapitre le plus ,•iolent du livre à notre adresse est dédié à... Eugène Fournière, c'est-à-dire à un de ceux qui des premiers s'engagèrent à la suite de Zola; il signa l'un des premiers la pétition en fayeur de la révision et sa campagne électorale dans l'Aisne fut faite sur la question de la révision. Il ne fut pas le seul, d'ailleurs, avec Gérault-Richard et Jaurès; à Montmartre, la question Dreyfus fut, dans ma circonscription, le terrain sur lequel se cantonna l'effort du candidat de Rochefort, patronné par l'abbé Garnier; dans le cinquième également. N'est-il pas souverainement injuste de méconnaître· ce que ces concours ont pu faire pour enrayer le mouYement clérico-militaire?

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