LA REVUE SOCIALISTE adaptccs complètement aux nécessités <l'ordre permanent qui les ont suscitées. Un fait, a nos yeux, domine donc ces projets, et c'est celui-ci : le mode de répartition individuel apparaît aux producteurs agricoles inférieur au mode de répartition collectif et ils l'organisent ... Ce fait n'a échappé a aucun de ceux qui ont étudié l'évolution des ententes commerciales. Déja, la plupart ont manifesté la crainte que la généralisation des trusts, la réalisation de vastes organisations de production et de vente ne tentent les masses et n'apparaissent a leurs yeux comme l'embryon de la production socialt! que lui promettent les socialistes. M. Ch. Brouillet, dans un livre que j'ai eu l'occasion de citer a la tribune de la Chambre, redoutait que le terme de l'évolution <les syndicats de production et de vente n'aboutît a l'étatisation - c'est-a-dire à la socialisation, car les personnes étrangères au socialisme confondent volontiers les deux choses. C'est aussi la crainte que formule M. Coulet : « Les collectivistes se gardent bien d'entraver le mouvement économique vers la concentration, trop conforme a la réalisation de leurs désirs et ils se réjouissent de voir ainsi leurs adYersaire~ travailler a leur perte en s'éliminant eux-mêmes de la \'ie économique ... Théoriquement. .. même pratiquement le développement progressif des ententes agricoles doit logiquement amener a leur absorption par l'État ... » M. Coulet Youdrait-il que les socialistes se désolassent de voir leurs théories recevoir des faits une confirmation éclatante et leurs adversa ires les plus puissants, les grands propriétaires fonciers organiser eux-mêmes les comptoirs communs de Yentc des produits agricoles et d'achat des matières premières nécessaires a ce produit? Il suffirait ensuite de supprimer le grand propriétaire lui-même (j'entends par la le priYilège de la rente) pour réaliser un peu plus de justice économique dans la production agricole. Pour l'instant, nous ne saurions nous affliger outre mesure de mir ce grand proprié!aire « travailler ù sa perte». En résumé, sous le couYert et_en Yiolation formelle des prescriptions de la loi de 1884, la France s'est couYerte d'un réseau de syndicats agricoles composés surtout de grands et moyens propriétaires, « qui n'ont jamais essayé sérieusement d'attirer les petits cultivateurs, ceux qui ne possèdent pas ou qui possédent très peu, auxquels l'association aurait été si utile, si prccieuse. Cc sont les puissants de l'industrie agricole, les grands et les moyens propriétaires qui se sont syndiqués seulement pour accroître leur richesse et leur puissance aux dépens des autres classes de la nation» (1). Recrutés dans une catégorie économique rétrograde, investie (1) Elie Coulet, /oc. cil . ..
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