La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

REVUE ÉCONOMIQUE 2 37 autrefois de la sou\'craincté, conquise depuis par l'industrie, le commerce et la finance, les syndicats agricoles constituent un retour offensif de la propriété terrienne. Ses possesseurs se sont coalisés, sur le terrain politique et cconomique, en vue de reconquérir leurs aYantagcs sociaux perdus. Appuyés sur ks masses rurnlcs qui ne sont pas encore sorties de l'indivision sociale que les masses ouvrières ont brisée dans l'ordre industriel, les syndicats agricoles forment un parti politiqu<:: puissant, dont l'action s'exerce depuis dix ans d'une façon continue sur les pouvoirs publics, et cette action n'est que le prélude d'une tent~ti,·e de reconstitution politique et économique qui assurerait à la propriétc foncière la prépondérance d'autrefois, si sa tcntatiYe était couronnée de succès. Mais les syndicats agricoles ne sont pan·enus à obtenir les résultats acquis qu'en s'alliant à la haute industrie, a\'eC laquelle la propriété foncière a dù partager les bénéfices de la protection. Le jour oü ils tenteront la réorganisation rê,·ée la grande industrie se dressera deYant eux, car la représentation politique que la proprièté terrienne nourrit l'espoir de créer ferait d'elle la classe souveraine des autres classes possédantes. Quant à l'organisation économique dont les chefs du mouvement agricole poursuivent la création, clic constitue un danger social à la fois pour la propricté foncicre et tous les autres modes de propricté. Toute tentative de monopole ou de réglementation de la production et de la distribution des produits peut aboutir au socialisme. Et c'est ce qu'avec raison les esprits avisés reprochent aux agrariens : de se faire bénéYolement, à leur insu, pour un a,·enir plus ou moins cloignc, les fourriers du socialisme dans les campagnes. De telle sorte que le mou\'ernent le plus réactionnaire qui se soit déchaîné depuis des années dans ce pays crc'.:e en définitive une force rholutionnaire dont on peut à peine calculer les conséquences dans un a\'enir prochain. Organiser la Yente des produits agricoles, supprimer les intermédiaires, concentn:r une production aujourd'hui disséminée! On ne réalisera les changements considérables projetés qu'au prix d'une transformation profonde dans les conditions de la production agricole. Une telle perspecti\'e rend singulièrement suggestives les paroles suivant,es du comte de Rocquigny : K Le socialisme chemine dans l'ombre; il recue_ille le fruit des erreurs et des fautes de tous les partis. » Ceci ctait écrit en r 89 3. Depuis les socialistes ont montré que cc n'est pas dans l'ombre, mais à la clarté du jour, en plein soleil qu'ils cheminent. Ils suivent d'un œil attentif l'évolution des syndicats agricoles et seront prêts, à l'heure donnée, à en« recueillir les fruits». GUSTAVE ROUANET.

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