La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

RE\"UE ÈCOKOMlQUE 2 33 Dans l'ordre politique, en effet, l'aristocratie foncière qui est à la tête de syndicats agricoles, préconise, comme je l'ai dit, la substitution de la représentation des intérêts à celle qui tire son origine du suflrage universel. On comprend sans peine le but qu'elle poursuit là: par l'association des plus hautes influences terriennes, elle conquiert peu à peu la direction de l'opinion des campagnes, dont les populations déjà économiquement soumises ne sauraient se soustraire à sa domination, faute de moyens d'entente entre les petits cultivateurs et les tranilleurs des champs proprement dits. Le jour oü les rcpn'.:scntants de la France seraient élus' par catégories professionnelles, où le bulletin de ·vote du paysan ne se confondrait plus dans le même scrutin avec celui de l'ouvrier, le propriétaire foncier reprendrait son antique prépondérance politique. L'industrie et le commerce, séparés souvent d'intérêts, riYaux par l'antagonisme naturel exist:rnt entre le vendeur et l'acheteur, ayant à compter, d'ailleurs, dans les agglomérations ounières ou urbaines avec les forces politiques des travailleurs organisés, n'auraient qu'une part minime de représentation; devant elles se dresseraient les représentants de la classe ouvrière, des employés, des prolétaires de toute condition. Cependant que la propriété foncière, appuyée sur des intérêts identiques et solidaires formerait bloc - et qu'à la puissance de cc bloc viendrait s'ajouter celle tirée de la représentation des masses rurales incapables, par leur dissémination et la tutelle qui a pcse jusqu'ici sur elles, d'une entente sericusc pour échapper, comme les masses urbaines, au joug du patron terrien. L'ordre politique qu'instaurerait une transformation comme celle-là rendrait la suprématie à la classe des grands propriétaires et lui permettrait d'instaurer la forme économique qu'elle rêve de constituer par les syndicats agricoles. Car ceux-ci ne limitent pas :i l'achat et à la vente des engrais, des outils agricoles et autres objets, leurs ambitions commerciales. Un projet plus nste, dont les conséquences pourraient devenir incalculables s'il entrait un jour en voie de réalisation, est caressé par les fortes têtes du parti. Il a été formulé dans les termes suivants au congrès national des syndicats : « C'est par les syndicats agricoles, groupés m U11io11résgio11nlesq,ue doit être orgn11isélea vente des produits agricoles au moyen de coopératio11rségionales 011 localesda11Sdes casparticuliers et pour des natures spécialesde produits. » Pesez bien les termes de ce Yceu et envisagez l'ordre de choses qui •résulterait d'une Yaste entente entre tous les producteurs agricoles français syndiqués fixant le prix de vente des produits? Le plus curieux, c'est que les' inspirateurs de cette colossale entente qui mettrait le consommateur à la discrétion de la propriété foncière sont ceux qui s'élhent avec le plus de Yiolencc contre les ententes commerciales. Le monopole des produits-de la terre entre les

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