232 LA REVUE SOCIALISTE et petits industriels y eussent trouYé leur compte. La réforme était profitable surtout aux campagnes. On peut même dire qu'elle constituait une inégalité de traitement criante entre le contribuable rural et le contribu.1blc urbain. li y a disproportion de faculté contributiYe entre deux béndici,1ires du même revenu, selon que l'un habite la ville, l'autre la campagne. Quelles que soient les combinaisons plus ou moins subtiles auxquelles on s'arrête pour corriger la difference denleur r6dle de l'argent, le rentier qui jouit de plus de 2,000 francs de rente ù Paris et son co-imposé qui jouit de ces 2,000 francs en Bretagne paieront une somme disproportionnée, si la taxe est la même. Le projet d'impôt sur le rèYenu deYait donc être accueilli comme une bénédiction par les ruraux. Cc furent, cependant, les députés ruraux qui le firent 6choucr. L'Union centr.1lc des agriculteurs de France le combattit Yiolemment; tous les syndicats se d6clarcrent contre lui. N'est-ce pas le signe manifeste de l'influence dont jouissent les inspirateurs de syndicab agricoles qu'ils aient pu faire repousser un projet de rUorme si manifestement fayorablc aux intérêts <les masses rurales dont ils se disent les défenseurs? Par contre, ils ont fait aboutir ù la Chambre les tarifs douaniers de 1892; ils ont fait mettre ù l'étude un ensemble de projets qui, s'ils sont adoptés un jour, constitueront pour la propriétt: fonciére un ensemble de priYi lèges sérieux. Et tout cela n'est encore qu'un commencement. Le parti agrarien Yise plus haut. Il rêYe une transformation politique et économique Je l'ordre de choses actuel et la puissance dont il dispose actuellement est exercée tous les jours Jans le sens de cette transformation. Les syndicats agricoles, en effet, par la composition même de leur personnel sont très réactionnaires. Recrutés parmi les grands proprietairc'i, ses adhérents appartiennent ù des opinions politiques fort opposées au fonctionnement et au développement progressif des institutions républicaines, a Jes opinions economiques violemment hostiles aux forces nouYellcs du capitalisme commercial et financier dont les gr.111dspropriétaires sont les ennemis naturels. C'est dans les syndicats agricoles que l'antisémitisme séYit peut-être aYec le plus <l'intensité. On y dénonce Yolonticrs la spéculation et l'agiotage comme la source principale des conflits et des malaises sociaux. Les commerçants y sont traités 'd'accapareurs. Tout cela rccom·ert <l'un ,·ernis de critique scientifique des opinions économiques lib6rales, d'une teinte d'interventionnisme social et de moralité chrétienne et d'aspirations Yagues vers une organisation hit'.:rarchique nouvelle dans laquelle seraient supprimées les causes <le conflits, limitée la concurrence, jugulcc l'extension croissante de la puissance financière et commerciale, créée une représentation équitable Je tous les intérêts.
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