230 LA REVUE SOCIALISTE IV Quand les feuilles spéciales parlent de l'abandon ou est laissee l'agriculture par les pouvoirs publics, elles ne peuvent se moquer plus impudemment du monde. Depuis dix ans, en effet, toute l'action législative a eté accaparee, on peut dire, par les préoccupations agricoles. Qu'on consulte l'ordre du jour des scances de la Chambre et du Senat : il ne se passa peut-être pas une séance qui ne soit consacrée, en tout ou partie, à l'examen de questions concernant l'agriculture. Et comment en serait-il autrement, étant donnee la puissance d'action que donnent aux grands propriétaires fonciers leurs groupements, reliés les uns aux autres par des organes féderatifs dont les Yœux et le desiderata Yiennent se centraliser;\ l'Association des Agriculteurs de France. I.es syndicats agricoles, en effet, on ne saurait trop insister sur ce point, sont composés de gros et moyens propriétaires. Naturellement, comme il arriYc toujours dans une association de cette naturt, ce sont les plus riches, parce qu'ils sont les plus instruits, parce qu'ils ont le plus de loisirs, qui exercent l'influence prépondérante, c'est-à-dire les grands propriétaires. Les syndicats, à leur tour, se groupent en unions départementales ou régionales qui, fédérées entre clics, ont une organisation centrale : l'U11io11centraledes Agriwlleurs de Fra11ce. Ainsi, plus d'un demi-million de proprietaircs fonciers couvrent la France d'un réseau d'associés et d'organisations dont l'Union de Paris est le centre. Et de même que dans le syndicat local ou cantonal les propriétaires les plus riches ont l'influence, que c'est par eux que le syndicat est représenté à l'Union, au sein des Unions, la même prépondérance est assurée;\ la richesse; de sorte que 1'U11ioncentraledesAgriculteurs de France est en quelque sorte la réunion <les grands possesseurs <le domaines, qui donnent le mot d'ordre politique et économique à l'ensemble des associés. Cette union étroite des grands propriétaires fonciers peut agir d'une façon d'autant plus efficace, aYec une unité de but et d'action d'autant plus réfléchie, que la nature des intérêts qu'elle représente n'est pas sujette aux motifs de discordes et de rivalites existants dans l'industrie. Les Unions regionales representent d'ordinaire un ensemble de cultures determinees par la région des syndicats qui les composent; et il n'y a pas antagonisme entre elles. Dt! là l'obsession des revendications dites agricoles journellement apportees au Parlement, sous l'impulsion des organes centraux de la grande propriété : « L'on s'etonnc souvent, <lit M. Coulet, en dehors du monde des agriculteurs, de l'ensemble aYec lequel les populations rurales clament leurs protestations, leurs vœux (dont la liste est si longue!). La raison toute simple n'est autre que l'existence du lien fedéral qui relie le cultiva-
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