La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

' RE\"lJE ÉCONOMIQUE 229 renccs philanthropiques, un placement de leurs capitaux plus Cructucux que dans les sociétés financiercs ordinaires, n'ont pas enYisagé exclusivement les services qu'il s'agissait de rendre à l'agriculteur, en fondant des sociétés commerciales; mais bien plutè>t les benéficcs directs qu'ils en retireraient, sans compter l'action politique et économique que lc:s bénéfices réalises par leurs sociétés kur permettent ensuite d'exercer. Au début, il est \'rai, les syndic:lts se bornaient ù contrè>ler la qualité des engrais et par hi ils rendaient un scrYice réel à l'agriculture. Mais cette fonction modeste <le boîte aux lettres, comme l'appelle M. Coulet, qui consistait :\ transmettre aux fabricants d'engrais les commandes des membres adhérents ne tarda pas a être dclaisséc pour des vues plus hautes. Les syndicats se sont donc mis à acheter des engrais et à les vendre, à <lesconditions telles, qu'un jour, les tribunaux ont dû constater le caractère commercial de ces ventes et les rcprimer. Voici un jugement topique qui précise mieux que tout cc qu'on pourrait dire les ,·éritables agissements commerciaux <les associations agricoles. Attendu que la loi <le 1884 est journellement violée par les syndicats agricoles qui achi:tcnt des marchandises lie toutes sortes pour les i-eveudreavecdes bénéfices om·,'11stupùieurs ti ceux du co111111erœ; attendu que ces syndicats font au commerce local une concurrence d'autant plus grande qu'ils n'ont à payer ni patente, ni impôts, tandis que les commerçants, en dehors de !a patente et des autres impôts de commerce, ont des frais plus élevés de loyer, de manutention, de charges de famille que n'ont pas les syndicats; attendu qu'il résulte du prix-courant imprimé du syndicat des agriculteurs du Maine pour l'automne 1893 qu'ils sont suffisamment majorés pour constituer un bénéfice dont se contenteraient beaucoup de commerçants .... (]uge111mtdn Tribunal de commerce dn M:ms, confirmé (29 décembre 1894) par b Cour d'appel d'Angers.) Ainsi, les syndicats « achètent des marchandises de toutes sortes, pour les revendre avec des bénéfices souvent supérieurs ù ceux du commerce ». - Et à qui ren:ndent-ils? Au petit propriétaire qu'ils exploitent au lieu et place du marcband qui les exploitait jadis. Et les bénéfices vont au syndicat, aux seuls membres adhérents - sans compter· certains trafics, auxquels se livreraient des meneurs, comme on dit dans les journaux bien pensants. Mais nous ne voulons pas entrer dans cet ordre de faits tres délicats. On rnit déjà les raisons tres considérables, <leclasse et de lucre, pour lesquels les syndicats agriçoles ont pu se développer avec une rapidité si grande. Là ne se borne pas leur action. En même temps que chaque membre, grâce à la latitude entiere qui leur est laissée, retire des avantages considérables de l'association, la classe de grands propriétaires fonciers s'appuie sur clics pour constituer une puissance politique formidable. \

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