La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

224 LA REVUE SOCIALISTE d'être les représentants naturels des populations rurales, les syndicats ao-ricoles ne sont composés que de grands et moyens propriétaires. Les 0 . petits propriétaires n'y sont que trés rarement admis - jamais les manœuvres, les jounpliers, les métayers, c'est-à-dire qu'à vue de nez plus des trois cinquicmes des producteurs agricoles, vivant des produits ou du travail de la terre sont exclus de ces associations dans lesquelles M. Deschanel montrait naguère une démocratie rurale nouvelle, pleine de force, dl'. Yie et J'aYenir, parce qu'elle pratiquait« la mutualité». La« mutualité » agricole des syndicats c'est, dit M. Coulet, « la solidarité des propriétaires de la terre». Et la preuve, je la trouve avec lui dans le fait suivant, singulicrement suggestif: En 1897, le Musée social avait ouvert un concours« qui deYait mettre en lumière les services de toute nature déji rendus aux populations des campagnes, et surtout permettre d'indiquer pour l'aYenir le_ deYoir social des syndicats agricoles ( I) « ... celui de travailler à propager dans les couches « profondes du pays rural, avec le Yéritable esprit de solidarité entre tous « les hommes qui vi\·ent de l'agriculture, le progrès et le bien-être des « plus déshérités d'entre eux, les petits cultivateurs et les ouniers agri- « coles >> (2). Or, sur r,371 syndicats agricoles existants, sait-on combien il s'en présenta? « r 53 seulement, nous dit M. Coulet, eurent conscience de s'être parfois distraits de leurs seules préoccupations commerciales pour penser à des œunes d'ordre plus éleYé et désintéressé, et se présentèrent au conc9urs. >> Ainsi, sur r,371 syndicats, les neuf dixièmes ont officiellement proclamé par leur abstention qu'ils sont étrangers à toute pensée d'amélioration sociale. Sur les I 53 syndicats qui ont concouru, on en a retenu 17 seulement, et un seul, à proprement parler, mérite l'attention : c'est celui de Belleville-surSaône, qui a remporté le premier prix, parce que, des 1888, il s'est préoccupé d'organiser l'assistance mutuelle et professionnelle des Yieillards, des malades et pes orphelins; qu' « en 1894, il fondait une caisse de crédit et d'épargne selon la loi du 5 novembre 1894, traitait vec la Compagnie la Provide11ce pour procurer à ses membres le bénéfice de conditions plus favorables pour l'incendie et pour l'assurance contre les accidents » : enfin, « il avait déjà créé un tribunal arbitral qui a rendu de grands services à ses adhérents en conciliant un grand nombre de différents, un office de placement pour les ouvriers agricoles ». D'ailleurs, nous avons des éléments d'information encore plus précis pour juger à sa valeur exacte l'action sociale que les syndicats ont exercée autour d'eux, c'est le tableau des institutions qu'ils avaient (1) Élie Coulet, /oc. cit., I, p. 71. (2) Lt concours entre les syndicats agricoles au Musée social. Rapport deM. de Rocquigny.

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