La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

REVUE tCONOMIQüE 223 A premic,:e vue, ce résultat apparait singulicrcmcnt satisfaisant pour quiconque YOit dans l'association des individus un levier de developpement des forces morales. de. solidarité qu'accroît la pratique de l'association. A crne condition, toutefois : c'est que l'association pours.uive des buts généraux de progrès; que ses membres ne songent point à se constituer en accapareurs de la richesse sociale; ù créer une puissance de priYi!égc. Quand, par exemple, nous Yoyons augmenter le chiffre des adhérents aux syndicats ouvriers, cette progression peut nous apparaître comme le symptôme caractéristique de forces morales agissantes; car l'entente de travailleurs associés doit aboutir ù l'amélioration de la condition sociale d'une classe si nombreuse, que l'intérêt de classe qui anime individuellement chaque adhérent devient un intérêt social supérieur oü s'épurent, se purifient et se« socialisent», si je puis m'exprimer ainsi, les buts individuels et égoïstes de chacun. Le progrès des syndicats mixtes de patrons et d'ouniers, quelle que soit l'opinion qu'on professe sur la possibilitè de concilier les deux intérêts de classe qui se fondent d:rns ces sortes d'associations, présente le même caractère. Dans celles-ci, comme dans celles-hi, il y a identité de but, a l'obtention duquel les uns et les autres font une part de dhouement et de s:1crificc. Mais quand l'association groupe dans une entente d'ordre purement économique des individualités puissantes poursuivant exclusivement le triomphe d'intérêts matériels étroitement et directement confondus avec l'intérêt matériel de chaque adhérent, on ne se trouve plus en face de la personne morale que sont ou devraient être les syndicats professionnels, mais en face d'une société purement économique, dont les progrès peuvent être achetés au détriment du progres général, dont le but final peut nuire, s'il est réalisé, a l'intérêt collectif. Aux termes de la loi de 1884, les syndicats professionnels sont des personnes morales. Ces personnes morales ont pour but d'étudier les améliorations à apporter dans la condition professionnelle des associés qu'elles groupent. C'est pourquoi la loi facilite ces groupements en les exemptant des formalités nombreuses de validité, de fiscalité et de surveillance auxquelles sont soumises les associations ordinaires commerciales, financicres, industrielles et autres. Le législateur de 1884 a considéré qu'il était bon de faciliter aux classes ouvrières dispersées, sans possibilité d'entente ni point de contact, les moyens de se réunir et de s'associer pour collaborer à une œuvre d'intérêt général. Les syndicats agrïcoles réalisent-ils l'association que la loi de 188-1 a voulu créer? Nullement, répond M. Coulet, dans son étude trés originale sur les syndicats agricoles. D'abord, contrairement a la prétention qu'affichent les meneurs

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