La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

220 LA REVUE SOCIALISTE tend-on par « intérêts » agricoles? Autant de points qu'il serait utile d'examiner en détail. Ni le temps ni la place dont nous disposons ne nous permettent de le faire aujourd'hui aYec le développement que des questions si graves comporteraient. Nous nous bornerons donc à quelques indications très brèYes. D'abord la nature des intérêts qui se debattent au Parlement n'a rien à voir :isec la profession apparente des membres de la Chambre et du Sénat. Il est éYident, par exemple, que la médecine n'a que peu de chose à attendre de l'action lègislatiYe; on peut en dire autant du barreau, de l'art de soigner les cheYaux, des employés de nos grandes administrations et de bien d'autres professions cataloguées hors de l'agriculture et dont les titulaires siègent en nombre considérable dans nos deux Chambres. L'ayocat, le Yétérinaire, le médecin, le journaliste, l'employé ne Yivent pas que de procès, de consultations médicales ou vétérinaires, du produit de leurs articles ou de leurs émoluments. Ils se rattachent tous, par leurs ascendants, leurs proches, leurs fils, leurs parents, par leurs propres intérêts même le plus souYent, ;\ cette propriété foncière, qu'on dit ne pas être représentée, parce que tel propriétaire aura fait précéder son nom du titre de docteur en droit ou en médecine, ou de sa qualité de directeur des contributions. La vérité, c'est que les trois quarts, les neuf dixièmes peut-être des élus qu'on classe sous la rubrique: professions libcrales, sont des fils ou des peres de propriétaires, des propr~étaires même, nullep1ent étrangers aux questions agricoles, qu'ils connaissent mieux parfois que certains membres influents des cercles et syndicats agricoles, affublés de la qualité d'agriculteurs. Ensuite cette expression : « intérêts agricoles » est singulièrement élastique. On nous dit qu'il s'agit des intérêts de plus de la moitié de la population française. Or, il est bien nai que la moitié de la population française Yit aux drnmps : mais tous n'y vivent pas de la même façon. Il y a le propriétaire et le journalier. Le terme « propriétaire », lui-même, est une expression trop abstraite, trop générale, pourqu'il puisse s'appliquer à tous les possesseurs de terre, sans distinction de la contenance possédée. Il y a le grand, le moyen et le tout petit propriétaire : le journalier, le métayer, le fermier, etc. Autant de catégories, autant d'intcrêts divers, souvent contradictoires. Le membre du Jockey-Club, qui vit a Paris du revenu de son domaine, sous prétexte qu'il fait partie du syndicat des agriculteurs de France, se dit volontiers le représentant des intérêts agricoles. Qui ne voit que ces intérêts sont différents <le ceux des journaliers dont il loue la forcetravail? 11 y a donc une confusion et même une contradiction grossières, à vouloir englober des intérêts aussi divers dans un même système de défense collective. li est aussi juste de faire représenter les paysans a

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