La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

REVCE PHILOSOPHIQCE 217 le crois point, et M. Fouillée, qui est un idéaliste, ne peut le croire non plus. Pourtant il agit comme s'il le croyait. Il consent a extirper les croyances théologiques de l'enseignement de la morale, mais il ne croit pas qu'on puisse éliminer les hypothcses métaphysiques, parce que nous sommes dans une période de transition. Mais si nous savons que nous sommes dans une période de transition, cela veut dire que nous savons quelle période l'a précé<lce et que nous possédons en esprit celle qui b suina. Philosophiquement, nous sortons de la période· théologique et nous allons à la période scientifique. S'ensuit-il, parce que nous sommes à un moment où la théologie n'a pas encore disparu et où la science n'a pas encore assuré son empire, que notre enseignement public doiYc transiger aYec ces deux puissances et conserYer de la première, ne fût-cc qu'à l'état de sanction subsidiaire, les concepts de Dieu et <le l'immortalité de l':ime, qui sont les notions essentielles de toute théologie chrétienne? C'est là de l'idéalisme à rebours. C'est aussi faire l'aveu que l'impératif de Kant ne peut se soutenir tout seul dans un enseignement populaire, et qu'il n'offre ses obligations qu'à ceux qui n'en ont plus besoin. Aussi, je crois que cc n'est pas sur des bases purement rationnelles qu'il faut fonder la morale sociale, mais sur des bases naturelles, c'est-:'t-dire constituces par les rapports mêmes des hommes entre eux. En d'autres termes, il n'est pas admissible qu'on enseigne aux enfants des devoirs seulement. A chaque devoir correspond un droit. Cela, on ne doit pas le laisser ignorer aux enfants. Or, tout au moins verbalement, les droits existent. C'est donc à leur développement en pensée et en fait que les éducateurs doivent travailler s'ils veulent vraiment ne pas faire œuwe . vaine. On peut dire que le deYoir de Pierre constitue le droit de Paul, et réciproquement. On doit même le dire, et trés clairement, <le manicre à bien convaincre l'enfant qu'en faisant son devoir il ne se sacrifie pas Yainement a quelque idole fabuleuse et invisible. Mais on ne le lui fera vraiment comprendre et on ne l'y intéressera véritablemcn t qu'en lui montrant la correspondance exacte, en quelque sorte symétrique, de chaque devoir et de chaque droit. Il faut animer les mots des manuels de morale, en faire des réalités sensibles et tangibles, sans quoi l'enseignement sera purement verbal et mnémotechnique. Ainsi on fera du bon et véritable idéalisme, ainsi on intéressera l'enfant à l'espéce à laquelle il appartient et à l'univers tout entier. Mais, pour cela, il faut avoir le courage, que ne peuvent avoir impunément les pédagogues officiels, de montrer aux enfants le mal social et le profond désaccord qui règne aujourd'hui entre les préceptes et les actes, entre le droit et le fait. La encore s'accuse la faillite de la bourgeoisie régnante: Sa morale prêche, avec toutes les morales du passé, la moderation dans les désirs. Et c'est par les désirs immodérés de lucre qu'ont éte

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