216 LA REVUE SOCIALISTE garde de se dénoncer. Pourquoi ? Parce qu'il se sent inférieur, non seulement aux bons, mais à ceux d'entre vous qui ne sont ni bons ni méchants. Eh bien, je le lui dis ici : le sentiment de son infériorité morale ne doit pas le désespérer, au contraire. Puisqu'il s'avoue à luimême en cc moment qu'il est moins bon que les autres, c'est qu'il a, comme les autres, une conscience et que, comme aux autres, elle lui indique ce qui est bien et ce qui est mal. Dés que l'on connaît le mal et le bien, on ne peut plus hésiter: On est encore capable de commettre le mal, mais c'est le bien que l'on préfère. Cette connaissance et cette préférence suffisent à élever vers le bien ceux qui sont plutôt portés à tomber dans le mal. D'autre part, pour faire le bien, est-il nécessaire d'être assuré d'une récompense? Pierre a bien appris sa leçon pour que son père le conduise ce soir au cirque : il a accompli son devoir dans l'espoir d'une récompense. Paul a également bien appris sa leçon, bien que son pére ne lui ait promis aucune récompense: Mais il est suffisamment récompensé par le sentiment d'avoir accompli son devoir. Sans nul doute, vous attribuez plus de mérite à l'acte de Paul, et vous avez raison. Vous vous dites: \'oilà un garçon courageux. li ne traYaille pas dans l'espoir de la recompense ou sou'Sla menace du châtiment. Il n'est pas de ces faibles qu'on a besoin de soutenir et de stimuler. Ilse soutient et se stimule lui-mème. Eh bien, mes chers enfants, il en est de même pour tous les devoirs. Les forts et les sages les accomplissent pour leur propre satisfaction, sans avoir besoin d'autres menaces ni d'autres promesses que celles que leur fait leur conscience. Soyez sages, soyez forts, c'est à cette condition seulement que vous serez vcritablement des hommes. » Il n de soi qu'il reste toujours à définir le devoir. Je crains bien que ce ne soit la partie la plus difficile de la tâche qui incombe a l'instituteur. Dira-t-il à ses élèves que tous les hommes sont solidaires ? Que leur répondra-t-il s'ils lui montrent, pris dans la vie courante, vingt cas d'insolidarité flagrante ? Leur prêchera-t-il le renoncement ou simplement la résignation? Ce sera alors les préparer à mieux subir l'iniquité, ce sera traYailler ~ontre le sens même du progrès. Réduirat-il son enseignement moral aux articles qui tombent sous le coup du code pénal ou à quelques préceptes utilitaires d'hygiène personnelle? Cet enseignement sera absolument neutre : le devoir consistant alors à éviter avec un soin égal les gendarmes et la dyspepsie, on ne pourra baser dessus qu'une étroite morale individuelle purement négative. Et, si la morale n'est sociale, elle n'existe pas. Or, nous sommes essentiellement dans une époque de transition, ou l'individuel s'accorde tres difficilement, trés obscurément et trcs indirecte.ment aYec le social. Est-ce une raison pour affirmer une morale de transition? Je ne
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