La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

RE\ï.iE PHJLOSOPIIIQt.;E 215 on le fait, cc sera précisément au détriment non seulement des sanctions que l'on indique, mais même au détriment de la morale tout entière ; car il faudra montrer que, sauf quelques préceptes géi1éraux, les formes elles-mêmes de la morale sont en perpétuelle évolution. Et, .M. Fouillée en conviendra, ce ne sont point là des maticres d'enseignement primaire. Cc qu'on doit enseigner aux enfants, c'est cc dont on est certain, au fur et à mesure que leur cerveau est susceptible de concevoir les divers aspects de la certitude. L'autorité du maitre ne sera point amoindrie parce qu'il aura confessé son ignorance sur les causes et les origines s'il a pris le soin d'ajouter que nul homme n'en sait plus que lui là-dessus. Il sera donc amené à dire aux enfants qu'il n'y a point de révclation. Je pense avec i\!. Fouillée qu'il pourra faire mention des sanctions dites rationnelles n:posant sur le spiritualisme ; mais il lui faudra alors les montrer comme des produits de la raison humaine non encore parvenue à la notion de la sanction intérieure. Je ne vois point M. Fouillée absolument disposé à présenter les choses de cette manière, qui est pourtant la seule conforme a la sincérité qu'on doit aux C'nfants. Serait-ce pourtant si difficile de tenir aux enfants ce simple discours?« Mes petits amis, en présence de l'ordre qui se manifeste dans l'uniYers et qui fait que tout effet a sa cause et que tout acte a ses conséquences, des penseurs ont supposé que tout acte! humain, bon ou mauvais, doit a\'oir ses conséquences dans l'individu même qui l'accomplit. Frappés du spectacle de l'impunité dont jouissent trop souyent ceux qui font le mal et des souffrances endurées par ceux qui font le bien, ils ont supposé qu'on ne doit point s'arrêter aux apparences. Utilisant ce désir d'éternité, qui est au cœur de tout être humain et qui lui fait concevoir comme impossible son anéantissement au moment de la mort, désir d'éternité qui est le fondement de toutes les religions positives, ces penseurs rnpposeut que le mal impuni dans cette vie recevra son clütiment dans une Yie ultérieure, et que dans cette vie ultérieure le bien accompli trouvera les récompenses qu'il n'a point trouvées dans celle-ci. Mais ce ,,e so11t que desrnppositio11s. Nulle preuve n'est venue encore les transformer en certitude. Ce dont nous sommes certains, c'est que le mal et le bien ont leurs conséquences. li arrive que le mal soit puni et le bien récompensé directement. Plus les hommes établiront de justice entre eux, moins il compteront sur la justice de l'au-delà•, et plus il en sera ainsi. Travaillez donc à établir la justice entre vous, mais dites-vous bien qu'il y aura toujours des méchants qui échapperont au châtiment et des bons qui seront privés de récompense. A présent, dites-moi: Qui de Yous aimerait mieux être un méchant impuni qu'un bienfaiteur sans récompense? Il est sùrement parmi vous quelque méchant. Et voyez : il n'ose même pas avouer qu'il préfère son sort. li reste muet à son banc et il n'aura

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