RE~UE PHILOSOPHIQCE 213 moins de transparence donnée par le créateur ou par l'hérédité a l'enveloppe matérielle de cette conscience : l'éducateur doit attiser, entretenir, développer cette flamme éternelle. Ici est la difficulté, et M. Fouillée l'évite, c'est-à-dire la laisse subsister tout entiére. Comment veut-il que des enfants soient sensibles aux fondements du devoir plutôt qu'a sa sanction? N'est-ce point leur demander une capacité philosophique qui, je Je crains fort, manque encore même à leurs instituteurs? Comment, de plus, Yeut-il qu'ils puissent distinguer entre les bases et les sanctions? Comment ne voit-il pas que, dans tout esprit non préparé, et c'est le cas pour l'enfant, l'idée de conséquence se lie à l'acte beaucoup plus directement et beaucoup plus spontanément que l'idée de cause? L'enfant est conscient, soit, mais il ne l'est pas à la maniére du métaphysicien. Tant qu'il n'est pas renseigné sur sa situation dans l'ensemble des êtres, ne fùt-ce que d'une manierc sommaire, il se considère comme l'individu unique. L'enfant, M. Fouillée l'oublie trop, est l'être homocentrique par excellence. Quand il accomplit un acte quelconque, et qu'il en raisonne la portée - pour les causes, il ne les raisonne jamais: elles sont en lui, et cela lui suffit - il ne se demande pas de quelle manière et dans quelle mesure les individus ou les objets qui ne sont pas lui-même en seront J affectés, mais ce qui lui adviendra à lui-même. C'est donc l'idée de conséquence, l'idée de sanction qui se presentc tout d'abord à lui, des que l'enfant commence à raisonner. Par conséquent c'est par l'idée de sanction qu'il arrive à l'idée du devoir. La sanction n'est pas un étai, elle devient bel et bien un fondement. Or si cc fondement fait défaut, et M. Fouillée ne conteste pas l'athéisme croissant des foules, il vaut . mieux y renoncer que bâtir dessus une morale que la premiére négation fera s'écrouler. On voit que nous tournons dans un cercle vicieux. Car il n'est pas possible de renverser à volonté la pyramide, selon l'âge des enfants auxquels on s'adresse, et de les amener à l'idee du devoir par l'idée de sanction. Ce n'est d'ailleurs point ce que propose M. Fouillee. Cependant, si l'on pouvait isoler entre eux les enfants d'âge différent et les isoler de leurs parents - et cela paraît fort difficile - on pourrait offrir comme menaces ou comme récompenses aux plus jeunes d'entre eux les sanctions du déisme. Mais il y a à cela des impossibilités qui tombent tout de suite sous le sens : Le jeune enfant n'est sensible qu'aux sanctions très immédiates et trés matérielles. Il peut croire au petit Noël et à Croquemitaine, à la condition que ses parents et ses aînés conspirent soigneusement pour entretenir en lui cette croyance; mais du dieu qui le récompensera ou du diable qui l'emportera quand il aura les cheveux blancs de grand-papa, croyez qu'il ne se souciera guére; d'autant plus que, trop fréquemment, il voit
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