La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

212 LA REVUE SOCIALISTE envers ses semblables; il faut aussi leur faire comprendre que l'idée traditionnelle de Dieu se distingue aussi bien du culte de l'argent que du culte <le Jésus ou de Jéhovah. Ceux-mêmes qui ne croient pas à l'objectivité de l'idée de Dieu (question que, comme philosophe, j'ai réservée entiérement, puisque je m'occupe ici de pédagogie) ceux-là n'en doivent pas moins \'Ouloir qu'elle soit exactement définie en tant q u'idée et idée directrice de la plus notable partie de l'humanité. L'athéisme lui-même doit savoir ce qu'il n·ie, comme le déisme ce qu'il affirme, et les deux doivent nier, affirmer ou douter pour des raisons purement rationnelles. Il importe donc que le moraliste éducateur fasse connaître aux enfants non seulement les principes psychologiques et sociologiques de la morale, mais aussi les inductions métaphysiques tirées de la morale qui ont servi de base à la théodicée rationnelle et, sons une forme symbolique, aux théologies dites révélées. « Les programmes actuels de nos écoles et de nos lycées sont conçus su~ le plan que nous avons indiqué. Ils sont perfectibles, assurément, mais nous ne crayon~ pas que l'on dût gagner à faire complétement le silence sur les croyances idéalistes et à les laisser ainsi confondre a\'ec les dogmes religieux. « Ne soyons pas plus intolérants dans les écoles primaires que dans les lycées, quand c'est précisément dans les écoles primaires que le scepticisme et l'indifférentisme sontle plus à craindre. Laissons, comme disait Stuart i\1ill, « des portes ouvertes >i. Les programmes actuels, élaborés par des philosophes d'esprit indépendant, fussent-ils, comme le dit M. Fournière, « des programmes de transition », n'oublions pas que l'art des transitions est précisément le plus nécessaire et<< le plus difficile >l de tous; évolution, c'est transition et non révolution. (( ALFRED FOUILLEE. )) Ramenons la discussion à son point central : M. Fouillée base la morale sur l'impératif catégorique. Je ne reviens pas sur la concession que je lui ai faite, et j'accepte « la lumiére naturelle qui éclaire tout homme Yenant en ce monde >i. Pour les uns, la lumiere Yiendra d'en haut: en nous prêtant vie, un.dieu l'aura allumée en nous; l'éducation n'aura plus qu'à l'entretenir,.à veiller à cc qu'e:lle ne s'éteigne pas. Pour les autres, elle sera le flambeau que se transmettent les générations; incertaine lueur à l'époque de nos origines purement animales, elle nous a sans cesse éclairés davantage sur cc qui nous co1wient le mieux et sur l'accord de nos convenances avec celles de nos semblables; à l'égard de ceux-ci, la tâche de l'éducateur est la même qu'à l'égard de ceux-là. Jusqu'ici, tout va bien. La lumiére brille en chaque conscience enfantine, et elle l'éclaire plus on moins, selon le plus ou

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