I..J. LA REVUE SOCIALISTE Bernstein donnait un résumé des idées développées dans ses articles de la Neue Zeit; il disait que ces articles étaient l'expression d'une conviction scientifique, et que le vote d'une assemblée ne changerait rien à ses vues. Cette déclar,ltion avait produit dans cette assemblée d'hommes à la fois respectueux de la science et enchaînés de toutes les forces de leur âme à leur passé révolutionnaire, une émotion profonde, pénible. Et bien des consciences n'avaient sans doute pas encore maîtrisé leur trouble, lorsque Kautsky parla. Ce n'était pas un praticien habile, un homme d'action ardent et passionné, c'était un théoricien froid, dont la parole courte, scche, saccadée traduisait la précision d'une pensée scientifique, qui opposait à la tactique évolutionniste et réformiste de Bernstein la nécessité de l'action révolutionnaire. L'alliance de la Science et de la Révolution, qui avait été l'œuvre de }.farx et d'Engcls, et que Bernstein aY,tit voulu briser, était scellée à nou,·eau. Une démonstration scientifique, compréhensive au point d'expliquer l'attitude de Bernstein, avait rassuré les consciences inquiétes. Ce que la plupart aYaient immédiatement senti, comme par instinct, Kautsky venait de l'exprimer par des formules claires, lumineuses. Le silence fut absolu, tant qu'il parla. Dés qu'il eut fini éclata un tonnerre d'applaudissements. L'assemblée s'était prononcée. Un enthousiasme immense Ycnait de saluer la tactique ré\·olutionna1re. Apres Kautsky, Liebknecht parla. Aprés le directeur de la revue scientifique du parti, le rédacteur en chef du journ:tl central; aprcs le théoricien, l'hoïnrne politique, l'agitateur. Et « le vieux soldat de la Rérnlution » parla en réYolutionnairc. Il expliqua que cc qui avait déplu dans Parn1s, c'était son ton doctoral <le magister, l'accent personnel de sa polémique, l'oubli de ce que l'on doit, dans la discussion, ù des camarades. Mais si Liebknecht blâmait en Parvus la forme, il approuvait le fond; chez Bernstein il condamnait le fond, sans réserve: « Si les vues de Bernstein étaitnt justes, dit-il, nous pourrions enterrer notre programme et tout notre passé; nous cesserions d'être un parti prolétarien. » En Angleterre, depuis trois cents ans, les institutions du ;-.1oycn-.\ge n'existent plus. En Allemagne, elles ont survécu. « La bourgeoisie a abdique, et les j1wker, les prétoriens du capital, sont prêts, i chaque instant, à acculer le pays à une catastrophe. Il est insense de ne pas s'attendre à une catastrophe. Jetez un regard sur l'Italie; songez aux événements sanglants de cette année; jetez un regard sur la Hongrie et sur la France ! Qui Youdra affirmer qu'avec le projet de maison de force une eYolution pacifique soit garantie chez nous? Qui Youdra maintenant dire que le temps des catastrophes politiques, des luttes violentes soit passé? Ces luttes, nous ne les voulons pas, mais l'esprit qui anima Bismarck jusqu'à la mort, Bis-
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