208 LA REVUE SOCIALISTE « enseignée » en quinze leçons aussi disparates. Mais elle peut trcs légitimement penser que les quinze professeurs de morale désignés par le Collcge des sciences sociales nous renseigneront sur leur conception personnelle ou dogmatique de la morale, de ses bases, conditions et obligations, et de ses sanctions. Et c'est précisément parce qu'elle n'est pas << très édifiée par l'expérience de l'enseignement secondaire », non plus que de « l'enseignement primaire », qu'elle ne craint point d'aggraYcr l'anarchie morale dont les germes « pullulent dans notre société troublée par la prescience de nouYeaux destins ». Il n'y a en effet rien à risquer, au contraire; le risque étant d'ayanç__ecouru. On peut penser plutôt qu'il y a tout à gagner à une confrontation sincère des doctrines et des méthodes. Pour nous, socialistes, nous ne pouYons que nous réjouir de cette confrontation. Elle ne pourra que mettre en lumière les inévitables contradictions du fait et de l'idée dans un milieu social ou l'harmonie générale se réalise tant bien que mal parmi les antagonismes individuels et collectifs. Si biçn que ceux qui Youdront sincerement accorder le bien particulier au bien commun devront au préalable traYailler à réaliser cet accord dans les faits, c'est-à-dire.être socialistes. Un socialiste malicieux pourrait en effet pousser quelques «colles» aux moralistes qui, comme fit récemment M. Émile Boutroux devant ses auditeurs de !'École Polytechnique, tentent d'échafauder un idéal patriotique et de faire l'apologie de l'obéissance passiYe. Que répondraient-ils à ceci, par exemple : - L'État déclare injustement la guerre à une puissance quelconque. Le devoir m'oblige-t-il de prendre les armes et de coopérer à cette injustice? Allcguera-t-on que mon dcYoir n'est pas de discuter si l'État dont je suis membre remplit son devoir envers la justice, mais qu'il consiste uniquement à lui prêter mon bras quand il le réclame? qu'ainsi il a sa responsabilité et moi la mienne? que la sienne couvre la mienne, et que je puis m'associer à une iniquité en toute sécurité de conscience ? En ce cas, je ne suis plus une conscience complète, mais une conscience subord on née. Ma moralité, alors, est une moralité inférieure, qui se meut da!ls un cercle de responsabilité des plus restreints. Ai-je le droit, sachant l'humanité supérieure à ma patrie, de sacrifier celle-là à celie-ci? On le voit, ceux qui acceptent le monde tel qu'il est sont acculés à des contradictions qui rendent impossible l'établissement d'une base morale acceptable à la fois par tous et par chacun. Si les renseignements que ,·ont nous donner les moralistes du Collège des sciences sociales n'avaient pour résultat que de mettre en évidence ces contradictions, ce serait encore un grand service qu'involontairement ils auraient
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