RE\'UE PHILOSOPHIQUE 207 plus peut-on dire qu'elle est un art. Encore est-ce une manière de parler, attendu qu'elle n'est telle qu'en ses formulations pratiques. Or, quelles que soient les théories, les hypothèses, les dogmes sur lesquels on la fonde, selon la doctrine que l'on professe, en pratique tous les théoriciens tombent d'accord ; le theologien et le socialiste, le philosophe et le savant ont, à des nuances de définition près, la même conception générale du bien et du mal, sinon des moyens de produire l'un et de limiter l'autre. Puisque c'est ici que s'accusent les différences de point de vue, il est clair que c'est dans cette opposition que se trouve le lien de ces leçons. Il n'est donc pas mauvais que MM. X... , Y... , z... nous exposent à leur manière les causes du mal et les conditions propres à produire le bien. Mais allons plus loin : Est-on bien sûr de s'entendre, au fond et malgré les différences de définition, sur le bien et sur le mal? Est-on même certain de posséder une définition précise, acceptée de tous, forme et fond, de la morale ? Mettez, par exemple, en présence un économiste et un moraliste. Croyez-vous qu'ils vont s'entendre, non sur les moyens de produire le bien et d'éviter le mal, mais même sur ce qu'est le bien et sur ce qu'est le mal, en un mot sur la morale elle-même? Pour l'économiste, le plus grand bien c'est la richesse. La richesse d'un peuple marque son degré de civilisation, tel est l'aphorisme courant. Si l'on fait abstraction du paupérisme et des maux qu'il entraîne - et un socialiste ne peut prendre une telle licence, permise seulement à l'économiste - il est certain que l'aphorisme est profondément exact. Le plus civilisé est éYidemment le plus moral, et ceci l'économiste n'est plus seul à l'affirmer. Le moraliste luimême, à moins de fermer résolument les yeux à l'évidence et de faire de sa morale une étroite et puérile règle de conduite indiYiduclle, est forcé de souscrire à cette affirmation. Or, l'économiste crie à tous : enrichissez-vous et vous serez heureux ; de son côté le moraliste leur crie : limitez vos besoins si vous voulez être heureux. li • y a donc incompatibilité radicale entre nos deux prédicants; leur enseignement sera donc radicaleme11t différent, et ils ne s'accorderont que sur des préceptes moraux ou leur accord est superflu, le code pénal y ayant pourvu d'abondance. Sortez de ces préceptes généraux de morale passiYe et de deux ou trois préceptes généraux, et forcément théoriques, de morale actiYe, - l'unanimité cesse et les divergences s'accusent. D'ailleurs, si M11 e Dick May va au-devant des objections, c'est plutôt par un artifice de composition, ainsi qu'elle l'avoue non sans bonne grâce. Elle n'a pas la prétention de croire que la morale sera /
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