. LA CRISE DE L'ENSEIGNEME:-.-T 201 de vives polémiques (Bréal, Gréard, Lavisse, Frary, Lemaître et tant d'autres maîcres éminents y suffisent), cc sont des conclusions fermes. On se demande cc que peut bien signifier cette scission de l'enseignement secondaire national en classique d'une part et moderne de l'autre. Le nom universellement et universitairement vénéré de Victor Duruy, créateur de cette nom·elle bifurcation, ne doit pas nous arrêter : cette scission fut une conception bàtarde. Et le nouveau vocable « enseignement moderne», dù à M. Bourgeois, ne l'a pas légitimée. Il ne peut y avoir qu'un enseignement secondaire national. Est-ce qu'il y a deux cate~ories d'enseignement supérieur ( confessions religieuses mises de coté)? Est-ce qu'il y a deux genres d'enseignement primaire? Pourquoi ce privilège de scission ou de bifurcation, comme on voudra, en faveur ou plutôt au détriment de l'enseignement secondaire ? C'est ici que se rhéle la lutte de classes. Le,·cz la robe des apparences et voyez les dessous. D'une part, la trés haute et très vieille bourgeoisie, de son nom l'aristocratie, Yeut garder ses anciens privilèges (recrutement du haut clergé, de la haute armée, de la haute justice, de la haute uniYersité). D'autre part, la moyenne et récente bourgeoisie veut conquérir de nouveaux priYilcges : le droit, sans mathématiques supérieures, sans grec ni latin, sans culture théologique et métaphysique, sans érudition, d'entrer en concurrence avec les classiques pour les hauts grades de la hiérarchie sociale et de prendre d'assaut, sans concurrence, les écoles de droit et de médecine. Si ce n'est pas là le fond du problème, qu'on conteste alors, dans l'enceinte des écoles, les faits qui créYent les yeux. Mon fils ou mon neYeu, ou tel jeune homme i qui je m'intéresse, doit être évêque, officier supérieur, président de tribunal, recteur: l'enseignement classique, à base de mathématiques relativement supérieures et de latin, est la grande porte; j'aime mieux qu'il entre par la porte, c'est plus sûr, que de s'introduire par la fenêtre (la fenêtre n'est pas grande ouverte, tant s'en faut). Mon fils ou neveu, et le reste, doit être avocat ou médecin: l'enseignement moderne, à base de mathcmatiques relativement inférieures et de langues est le chemin le plus court; si l'équivalence des grades est admise, je suis pour l'enseignement moderne. En vérité, je ne vois là aucune question de pédagogie, mais une simple affaire de réussite dans la lutte pour les positions sociales qui sont à juste titre présumées fructueuses (l'aléa est mis à part). Quant à la puissance éducatrice comparée des mathématiques sérieuses et des leçons de cl1oses, •de ·l'étude approfondie des langues et de la routine qui permet de dire : « garçon, un café ! » dans autant de langues vivantes qu'on voudra, je laisse volontiers Frary, Lemaître, se battre avec Bréal et Havet. Cela m'est tout à fait égal. Je crois au travail intellectuel, la matière m'est indifférente. Je pense pourtant que, sans
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==