La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA RE\TE SOCIALISTE Enfin, reste la troisième catégorie, celle des grands fermiers des terrains de l'État. Ces colons occupent des journaliers pour tous les traYaU.\ agricoles, journaliers qui n'ont aucune parcelle de terre à eux et n'apportent dans la culture que leur force-traYail. Telle est la triple catégorie de cultiYateurs dont se compose la colonie agricole. A l'époque des grands traYaux, l'on part, le samedi soir ou le dimanche matin, père et fils ensemble, qu'accompagne une jeune fille pour préparer les repas, et l'on ne retourne aux izbas que le vendredi soir. La semaine se passe entièrement dehors; on a soin d'emporter l'eau nécessaire pour ces sept journces de travail, et le fourrage pour les chcYaux. La nuit, on couche à la belle étoile, et s'il vient à faire froid, on allume un grand feu de bois mort et de broussailles. La nourriture est celle des paysans russes, grossière, toujours la même, mais d'où la Yodka, si aimce des moujicks, est rigoureusement han nie. Dés à présent, on se rend compte que ces Juifs ne sont pas ceux que l'on est habitué à considérer comme gens ennemis de labeur pénible, méprisant les fatigues paysannes. La culture principale est celle du blé. Les mauvaises années, il se trouve que certains colons n'ont pas même de quoi faire les semences et sont réduits, pour YiYre, à vendre leur outillage. Pour remedicr à cette déplorable situation, une caisse a été fondée, afin de secourir les infortunés et leur venir en aide en leur procurant un cheval, une charrue ou du grain. Mais ceux qui se sont volontairement dépouillés de leurs moyens de culture, soit pour établir une fille, soit pour tout autre motif étranger aux traYaux agricoles, n'ont pas droit aux subsides de la caisse commune. N'y a-t-il pas encore dans cc fait la preuve éclatante que les Juifs de ces colonies ont déja acquis « une âme paysanne», c'est-à-dire l'amour de la terre, si ,·ivacc chez tous ceux qui sont, leur vie durant, attachés à la glèbe ? La culture des céréales n'occupe pas exclusivement l'activité des colons. Ils cultivent des jardins, des pépinicrcs et plantent des arbres fruitiers qui leur sont d'un bon rapport : pêches et abricots sont expédiés dans les centres de la J\ussic, en particulier à Saint-Pétersbourg. Les colonies se suffisent à elles-mêmes·; les Juifs ne voulant pas ressembler absolument aux paysans orthodoxes qu'ils détestent, consacrent une partie de leur temps aux travaux de l'artisan. Il y a, dans chaque colonie, assez de menuisiers, de charrons, de forgerons et de maçons. Eux-mêmes creusent les puits et les citernes et construisent leurs izbas. Ces izbas des colons juifs sont curieuses : elles soüt en bois, rien qu'en bois - en quoi elles ne ressemblent pas aux izbas des moujicks. Elles comprennent toujours deux chambres, séparées par une cloison

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==