JUIFS DE RUSSIE 195 des orthodoxes et parait ainsi avoir droit par ses contributions a une représentation plus élevée. IV Cette étude rapide ne serait pas complète si nous ne faisions pas une place à part aux colonies agricoles, dont nous avons dit un mot précédemment avec la promesse de les décrire en détail. Que de fois n'a-t-on pas dénié aux Juifs les qualités d'agriculteur et de laboureur, en les accusant de ne pouvoir exercer que l'usure ou le négoce? Nous voulons montrer, par des faits, combien est erronée une pareille opinion, qui ne s'explique chez ceux qui la propagent et la défendent, que par une connaissance de la vie israélite, limitée a des pays, ou les conditions économiques n'ont pas permis aux Juifs de devenir des travailleurs de la terre. En Russie, il en est autrement. Les persécutions, les impàts trop lourds, les mesures restricüves du gouvernement, les boycottages des orthodoxes, les priYilèges accordés à ces derniers pour étouffer la concurrence des commerçants juifs, ont forcé les Israélites ruinés, à la longue, a fuir les milieux où ils etaient la proie et des brutalités gouvernementales et des brutalités populaires. Contraints d'abandonner un commerce peu rémunérateur ou une main-d'œuvre artisane sans rapport suffisant, ils se sont tournés vers les champs, avec la volonté de vivre et de vaincre les difficultés qu'on leur a toujours suscitées. Ainsi se sont constituées des colonies agricoles, nombreuses dans les gouvernements de Cherson et d'Ekaterinoslav : les ayant visitées, il nous est permis d'en parler sciemment. Une notable différence distingue les colonies de ces deux gouvernements : après avoir décrit les unes et les autres, nous dirons la cause de cette différence. Dans le gouvernement de Cherson se sont établies onze grandes colonies. Les juifs agriculteurs se divisent en trois catégories : ceux qui possèdent entre 10 et 18 déciatines de terres travaillent eux-mêmes toute l'année. L'outillage est primitif, le bétail rare - parce que relativement cher - les bêtes de trait, maigres, souvent malades, mal nourries. Viennent ensuite les colons n'ayant qu'une propriété de 2 ou 3 déciatines, un mouchoir de poche, à vrai dire; ceux-la n'ont pas les moyens de posséder un cheval et une charrue; ils louent alors, au co!on plus fortuné, son outillage et sa bête pour quelques journées, et le reste du temps il se loue lui-même ou s'emploie à quelque besogne Îrtisane pour les divers objets dont peut avoir besoin la colonie.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==