La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

194 LA RE\'UE SOCIALISTE Russie. Bien plus, les contribuables orthodoxes, dont le chiffre d'impot est inférieur a celui de nos marchands de première classe, ne jouissent pas des mêmes libertés. La traditionnelle lutte antisémite du gouvernement disparaît deYant la puissance financicre et se réserve dans toute son âpreté pour les faibles et les petits. La liberté de commerce, la liberté de voyager dans l'enticre étendue du pays est laissée à ces Juifs capitalistes. N'y a-t-il pas la une preuve de l'action victorieuse exercée par la puissance économique sur la loi elle-même, action qui tend a mettre, quel que soit le pays, les détenteurs de cette puissance en dehors de la législation subie par le plus grand nombre? Néanmoins l'État, par les monopoles qu'il s'est attribués, se maintient au-dessus des forces financicres juiYes. Les Israélites sont chassés du commerce des boissons et des alcools : défense leur est faite de tenir des brasseries. Cette inépuisable source de revenus a été monopolisée par l'État. Au contraire, le même État n'ayant pas encore pris le monopole des tabacs, il est accordé aux lsraelites, comme aux autres sujets de l'empire, d'ouYrir des boutiques pour la Yente de la plante a Nicot. Nous n'insistons pas plus longtemps sur ce point de l'asservissement juif, qui est surtout curieux par l'exception créée en faveur des commerçants de première classe, comme nous l'avons signalé, exception qui rend plus monstrueuse la politique antisémite du gouvernement russe. III Dans l'administration des villes et des villages d'importance, le r6le dévolu aux Israélites est insignifiant. De même que chez nous, en France, pour gérer les intérêts communaux, siège une assemblée, composée d'un certain nombre de notables ou forts contribuables de la localité. Le maire - (galava) dans les villes, (starosta) dans les villages - ne doit jamais être de religion juive. Quant a ceux qui siègent a côté de lui et composent le conseil ou douma, il est ordonné législativement qu'ils soient en majorité de religion orthodoxe. En aucun cas, le chiffre maximum des Israélites choisis ne peut dépasser le tiers du nombre total des représentants. Du moins en était-il ainsi sous Alexandre II. Les successeurs de ce tsar ont estimé utile de modifier cet ordre de choses et de restreindre ce semblant de liberté. La proportion d'un tiers a été abaissée a un dixième. Si la douma compte vingt conseillers, il ne doit entrer au conseil que deux délégués juifs, même si le chiffre des Israélites habitant la ville dépasse celui

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