186 LA REVUE SOCIALISTE ment, avec M. Caro, qu'une telle opinion se fera jour. Avant cette date, on pense et on parle comme M. de Salvandy qui, en 1850, nous fait le tableau d'une époque où « le dérèglement des idées et des espérances a systématiquement tenté de déchaîner, à travers les classes laborieuses, tous les courants de l'esprit de révolte contre la grande loi de la souffrance et du travail. ... » Fort heureusement, l'orateur se console avec cette pensée qu'il y a encore, en France, des souffrances volontaires et des sacrifices « qui ne sont pas même des devoirs ». Nous avons cité plus haut la réfutation que fait, en 185 r, M. de Noailles, du socialisme par la charité. Quelques années plus tard, en 1855, le même académicien veut que l'Académie travaille à l'éd11catio1t morale des classes populaires. « On a reconnu, dit-il, quel élément de force et de puissance, de traYail et de richesse, le peuple peut offrir, s'il suit paisiblement sa destinée, aime sa condition, l'honore et l'améliore par sa conduite .... Mais aussi, quel instrument de ruine et d'anarchie s'il méprise l'ordre et les lois. » C'est encore, en 1872, le duc de Noailles qui, pour la troisième fois, défend la Religion, la Magistrature; mais, cette fois-ci, il fait allusion à des adversaires plus précis, au_x insurgés qui, pendant la Commune, se sont levcs « pour anéantir Dieu, la famille, la propriété ». Apres de telles indignations - sans doute, légitimes de la part de ceux qui les éprouvent - il n'y a plus qu'à vaincre ... ou bien à abdiquer. C'est à cette seconde solution que se résout l'Académie, dont la nouvelle attitude vis-à-Yis des classes populaires se traduit, deux ans après, en 1874, par l'expression d'une sympathie pitoyable pour la pauvrete. M. Cuvillier-Fleury, dans son discours, examine quel chemin a parcouru, depuis Juvénal, et même seuleme1Ù depuis Molière, l'idee de la pauvreté. Durant le grand siècle, le malheur et la pauvreté exposaient les ho_mmcs à la raillerie des grands. La pauvrete était la mère de tous les crimes. Molière, ayant rencontré sur son chemin un pauvre, qui était honnête, s'écrie : « Où la vertu va-t-elle se nicher? » - De nos jours, constate M. Cll\·illier-Fleury, la « niche est un temple, et la pauvreté y reçoit avec éclat, de toutes les bouches, les hommages dus à la vertu ». En même temps, la richesse a perdu ses adulateurs. On ne la flatte point, comme autrefois. On lui dit même, au besoin, de dures •vérités. Aiexan<lre Dumas, le 2 août 1877, note parmi les gens riches une sorte de désillusion, de tristesse, de misanthropie même. Il cherche à se l'expliquer, puis il formule cet axi9me : « La fortune tant enviée de ceux qui ne l'ont pas, ne fait pas le bonheur de ceux qui l'ont, parce que ceux qui l'ont ne s'en servent pas assez pour faire le bonheur de ceux qui ne l'ont pas. » « Les bienfaisants ne manquent pas, ajoute-t-il, que les bienfaiteurs les imitent. »
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