La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA YERTU RÉCm1PEl\SÉE Un pas de plus à faire dans la voie démocratique, et nous avons l'opinion de M. Emile Ollivier qui, le 24 novembre 1892, fait l'apologie de la liberté contractuelle, qui a pris la place des antiques servitudes corporatives, et grftce à laquelle la condition du travailleur s'est accrue en bien-être aussi bien qu'en dignité. « Le tranil, jadis trop subordonné, s'est redressé et est deYenu le plus important des facteurs économiques. Bientôt le droit a l'oisiveté n'existera plus pourpersom1e. » M. François Coppée, l'année suivante, le 16 novembre, admet la possibilité de résoudre par la justice les problèmes qui se posent si impérieusement. Avant lui, en 1884, M. Caro avait manifesté un sentiment analogue. Et cela prou,·e qu'aujourd'hui l'Académie française semble avoir renoncé à se renfermer dans sa lutte aveugle contre l'esprit du siécle. Nous ne sommes pas trés éloignés du moment ou les acadéiniciens, chargés de proclamer la vertu, n'avaient d'autre préoccupation que celle de lui conserver le sceau fatal de la divinité. Et cependant nous avons fait du chemin depuis lors. De la lumiére a pénétré dans le vieil édifice. On y agite - avec mesure, avec tact - les problémes passionnants posés par la vie présente. Il est vrai qu'un élégant scepticisme est de mise. On dissimule ainsi les grands frissons tragiques sous un sourire, avec un mot d'esprit. - Lisez les discours de Renan, de d'Haussonville, d'Hervé ... - Toujours est-il que les classes populaires occupent maintenant le dévant de la sccne, à l'Académie. C'est dans l'ordre. Après avoir flatté la richesse, on s'incline aujourd'hui devant la puissance nouvelle. M. Jules Çlaretie reproche aux intellectuels de ne point diriger suffisamment leur attentioo vers les humbles. ll voudrait plus de solidarité dans la vie, alors qu'il y a une telle fraternité dans la mort. Et il termine par cette phrase qu'il attribue à Montyon, en la faisant suivre d'un commentaire, qui met le sceau des temps nouveaux sur une institution à laquelle les académiciens qui le précédèrent dans l'éloge de la vertu, tinrent toujours à conserver son caractére charitable, et par conséquent religieux : « ll faut, dit M. Claretie, qu'une action louable soit louée. » Et il ajoute: « Il n'est point question <le vanité, mais dejustice. » Il est nécessaire, il est juste que les actions vertueuses aient leur récompense ici-bas, Il faut que la vertu soit récompwsée, car elle est une force sociale et humaine. Voilà ce qu'un académicien nous affirme. Encore une fois, l'institution académique a été trahie par un des siens. L'Académie française n'a pas résisté à la poussée moderne des événements et des idées. LÉON PARSONS.

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