LA VERTU RÉCOMPENSÉE M. Dupin dit les grâces de la reine, « de celle qui donne a la France l'exemple de toutes les vertus chrétiennes et qui nous offre le modèle le plus parfait de cette charité noble, active, ingénieuse, infatigable, exercée avec une sollicitude qui peut bien quelquefois, dans l'immunité des dons qu'elle répand, se voir surprise ou trompée, mais qui prend toujours ses inspirations dans l'amour du prochain le plus pur et le plus vrai, comme elle puise sa force dans le sentiment, modeste et sincère, du pieux patronage que la Religion commande aux grands .de la terre d'exercer envers les faibles et les malheureux >>. S'adressant à « la première dame de charité ))' l'éloge Ya jusqu'à l'hyperbole. Avec M. de Salvandy, nous ouvrons le chapitre des regrets. La Révolution de 1848 est chose accomplie. Nous sommes en 1850. L'orateur se retourne avec mélancolie vers ces temps heureux où la France était gouvernée par une monarchie constitutionnelle. « La monarchie constitutionnelle! s'écrie-t-il, grand nom que vous me pardonnerez de ne pouvoir pas rencontrer sur ma route sans céder à l'émotion de ma douleur et de mon respect. Ce beau, ce noble régime nous avait semblé l'attente et le couronnement de la ciYilisation ; il fut, pendant trente années, notre orgueil et notre amour; l'histoire dira qu'il a tenu envers la France toutes ses promesses de liberté, de richesse et de grandeur ... >> Le ton des discours n'est pas moins ému, lorsqu'il s'agit de la richesse, soit qu'on la flatte et la courtise, soit qu'on lui reproche son inaction, sa faiblesse et son impuissance. Au début, le problème social n'étant pas encore posé, l'orateur académique omet rarement-tel M. Dupin en 1845 - de faire remarquer que ce serait une « erreur et une injustice de croire que les pauvres seuls méritent l'honneur d'être couronnés». Il y a des femmes riches qui s'adonnent à la bienfaisance. Elles fondent des crèches, soignent les malades. Elles sont actives, aimantes et vont parfois jusqu'au dévouement. Le 5 juillet 1849, M. de Saint-Aulaire ne voudrait pas que l'on croie que « les palais sont plus vides de bonnes ceuvres que les .chaumières )). Au moment même où l'orateur parle ainsi avec un évident optimisme, il y a cependant, au delà de l'enceinte académique, de grands problèmes qui s'agitent. Le prolétariat vient de faire son apparition sur la scène du monde en tant que force menaçante pour l'organisation sociale que l'Académie française a pour fonction de sauvegarder. Le socialisme exprime les revendications des travailleurs. Les académiciens ne sauraient se désintéresser des graves questions qui sont posées par lui. Mais il y en a qui croiront à la facilité d'éluder le mouvement par l'exercice de la charité. li est vrai que d'autres, plus conscients, ne chercheront point à lutter contre lui et admettent même la possibilité d'un avènement définitif du prolétariat. C'est en 1886 seule-
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