La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE l'existence d'une question économique, dont les académiciens de l'époque de M. de Salvandy auraient nié la possibilité, avec un accent prophétique. Il y a mieux. Cette loi morale, que I\!. de Salvandy se faisait fort de rattacher au principe religieux, suffit aujourd'hui à ceux qui prétendent lutter, en son nom, contre les idées 11ouvclles. Si M. Sardou félicite, en 1880, l'économiste voltairien de son initiative, c'est parce que, dit-il, « la tradition des prix de Ycrtu devient une protestation du bon sens contre les doctrines dissolYantes ». M. de Montyon, rholutionnaire au regard de M. de Salvandy, devient conscrYateur aux yeux de M. Sardou. Ainsi vont les choses. Les institutions, par essence conservatrices, résistent, mais elles sont entraînées par cc que Renan appelle le deve11ir, par la Yie. Rendons cependant à l'Académie cette justice: c'est qu'elle a résisté et qu'elle résiste peutêtre encore. Dès l'origine de la fondation des prix de Yertu, l'Académie française se montre respectueuse de l'ordre établi et ne perd pas une occasion de maintenir immuables les cadres de la société. Elle fayorise la dcpendance des classes, en accordant à dessein ses récompense~ aux serviteurs qui ont été dévoués pour leurs maitres, dévoués jusqu'au sacrifice d'eux-mêmes, jusqu'::i la maladie et à la mort. Il ne se passe point d'année sans qu'un déYouemcnt de cette nature ne soit révélé aux aristocrates assistants des aristocratiques réunions académiques. D'autres déYouements ont aussi les faveurs de l'Académie. Ce sont ceux des ouvriers benévoles, attachés toute leur existence au même patron et qui, dans le cas où celui-ci devient infortuné, le font profiter des économies qu'ils ont patiemment et douloureusement amassées. Dans les premiers discours sur les prix de vertu - on peut bien dire même jusqu'en 1865 ou 1870 - le ton et la forme des développements académiques varient peu. Outre les complaisantes adulations à la servante dévouée et ::il1ouvrier bénéYole, - ces deux assises de l'aristocratie patronale, - il y a, presque toujours, une phrase où se traduit le respect ému dont est possédé l'orateur à l'égard des représentants humains de la divinité - le prêtre et la sœur de charité. - On y sent amsi la préoccupation de l'Académie qui, en qualité de puissance conservatrice, tient à demeurer en bonne intelligence avec les deux pouvoirs qui subsistent encore à coté d'elle : la royauté et la richesse. En 1819, M. Daru ne saurait oublier que« Minerve en personne est sur le trone ». En 1831, c'est du délire. cc Il y a un an, s'écrie M. Lebrun, à pareil jour» - 11ous sommes le 9 août - cc une grande conquête a été accomplie; une dynastie nationale a pris naissance; des droits ont étQ fondés sur des serments, en présence de la France et de ses députés assemblés, et sous le dais tricolore. » Que s'est-il donc passé de si extraordinaire ? Louis-Philippe est roi de France. En 1845,

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==