La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

l LA \"ERTC RÉCmlPENSÉE tyon n'ait pas enYisagé une autre forme de la vertu que celle qui se présentait a lui, dans les traités moraux des écrininsde son époque et, autour de lui, parmi ses contemporains. Les académiciens, en reccyant le legs de l'économiste voltairien, prirent, par la même, l'engagement de récompenser -- ou de ne pas récompenser - mais, en tous les cas, de proclamer les actions vertueuses que M. de Montyon aYait le dessein de tirer de leur obscurité pour les révéler au monde. Et, sur cc point, il n'y avait pas de contestation possible, car la vertu, dont on fait, chaque année, l'éloge a l'Académie, se traduit, dans la pratique, de la même façon que la vertu, qui était en honneur au dix-huitième siécle. Il n'y a pas cieux manières de faire le bien, dans l'obscurité.Oü le conflit apparaît entre l'esprit académique et celui de M. de Mootyon et ... de la Révolution, c'est lorsqu'il s'agit de donner une définition de la vertu, de théoriser la vertu. Et, alors, on s'aperçoit que, tandis que le donateur n'envisageait la vertu que selon son caractère social, les exécuteurs testamentaires, eux, au contraire, tenaient - tiennent encore - a !ni conserver son caractére religieux. De façon que, un disciple de M. de Montyon, s'il avait entendu discourir sur la vertu, aurait applaudi, l'orateur académique qui, tel que le comte de Ségur, le 24 août 1882, aurait fait l'eloge de ces « vertus nobles, pures, constantes, si modestes qu'elles s'ignorent elles-mêmes, ces soins <le tous les jours, ces sacrifices de tous les mo).Tients... ces vertus qui n'ont rien de factice, de gêné, d'imposant, qui se plaisent dans l'ombre et se montrent naturelles comme la respi,ration ». Il aurait également prêté son attention bie1weillante a ?vi. Villemain, définissant la yertu « un constant effort sur soi-même en faveur des autres », « le dévouement uniforme d'une vie entiére ». Mais il n'aurait pas approuvé M. de Sah·andy qui, le 24 août 1854, aprés avoir rappelé comment on prétendit au dix-huitiéme siécle « remplacer la religion par la vertu», prononce cette phrase qui nous suffira pour préciser la tendance çonservatrice de l'Académie française: « M. de Montyon savait bien que nous rattacherions, d'une main résolue, au principe et au sentiment religieux, la loi morale qui ne s'en separera plus». * * * M. de Salvandy a prétendu donner a son affirmation un caractère prophétique. Pense-t-il donc qu'une volante particul ièrc puisse intervenir dans l'ordre des éYénements et les faire varier a son gré? Malgré' lui, et malgré ceux qui ont imité le ton de son langage ou qui l'ont précédl'.:, en usant avant lui de sa maniére, l'Académie française a changé ; elle a dû admettre et sanctionner des transformations politiques, constatct

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