La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE fermer dans une contradiction, - dans un dilemme. -= Et cela, peutêtre par lilléral11re. Il y a de si jolies comparaisons à établir entre le rôle esthétique de l'Académie et son rôle moralisateur. « Le soin de veiller à la pureté du langage n'implique-t-il pas, dit M. de Laprade, un égal souci de la sagesse et de la moralité des pensées? Qui donc se chargerait d'écrire l'histoire des mots et le dictionnaire d'une nation, sans toucher à l'histoire des âmes et sans tenir compte des événements qui donnent aux mots leur véritable sens? » M. de Tocqueville nous fait un majes - tueux tableau de l'Académie 111oralisatrice. Ernest Renan est aussi de ceux qui félicitent M. de Montyon d'avoir« obéi à une pensée trés profonde ». « Il a vu Je lien étroit qu'il y a wtre la vertu et le tale11l; il a vu que la ver/11 est u11 geure cbar11ia1d1el litterature. » Même ton de langage chez M. J\1éziéres qui, le 6 juillet 1882, reconnaît « une affinité inévitable entre les goûts élevés de l'esprit et le discernement du cœur », ainsi que chez M. Sully-Prudhomme, qui, le r 5 novembre 1888, admet quc la bienfaisance dans les belles actions devient un art et ajoute que « l'Académie, en récompensant les belles actions, couronne des chefs-d'œmTc ». Un tel langage détonne un peu dans la série forcément monotone des développements académiques. Il nous prouve cependant que, malgré des réticences obligatoires, un membre d'une association peut trahir parfois l'esprit <lel'ensemble et faire entrer ainsi un peu de grand air et de lumiére dans une enceinte ou ne luisent d'habitude que les obscurs rayons d'une mourante flamme. Ce n'est pas l'unique exemple que nous puissions citer de l'esprit du siecle pénétrant, par la gr:ice d'une affirmation individuelle, dans une institution, dont un de ses membres a dit qu'elle était la seule institution du passé qui soit encore debout. Nous allons avoir l'occasion de constater de nou - vclles fissures dans le vieil édifice... Mais disons, auparavant, ce qu'est la vertu, selon la formule ... académique. * * * Il n'y a pas de doute possible sur le point de savoir quel genre de vertu M. de Montyon avait clans l'idée que l'on couronnât. C'est celle qui se traLluit, dans les classes pauvres, par le dévouement, la bienfaisance. Cc n'est clone pas la vertu, au sens antique du mot, animée, virilisée par l'idée de force. C'est une vertu bourgeoise, bien humaine, qui ne va pas jusqu'à l'héroïsme, qui est consciencieuse· et réfléchie, œ11vrecalc1l1ée du jugement et de la raiso11. C'est la vertu qui était si fort à la mode au dix-huitième siecle.Rien d'etonnant à ce que M. de Mon-

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