LA YERTU RÉCOMPENSÉE 181 recueillerons bien cependant de nom·eau, au moment où elle tombera des lèvres d'un académicien spirituel ou ... sincère. * * * Avant tout, éludons l'opinion de M. de Laprade, qui attribue au donateur la secrète pensée de faire aimer l'Aca<lemie, en répandant le nom de cette illustre compagnie dans le plus petit hameau de france. C'est une idée ingénieuse de poète. Ce n'est rien de plus (29 août i861). Voici qui porte la marque d'une plus grande rèflexion. Suivant MM. de Jouy, Mézières et d'Haussonville, M. de Montyon aurait tenu a ce que la France ait des historiens, non seulement des actions d'éclat de ses héros guerriers, mais des mérites les plus cachés des citoyens obscurs. Chacun des académiciens développe cette pensée dans une forme qui lui est particulière. M. de Jouy a trouvé une phrase expressive avec concision. Pour lui, les académiciens sont devenus les /Jisloriograpbes de ln vertu (17 juin 1841). Quant a M. d'Haussonville (26 novembre 1896), il juge que l'utilité de l'ceuvre instituée par M. de Montyon n'est pas autre que de fair~« de nous, dit-il, les archivistesdeln vertu. Il est bon que la Yertu ait ses archives. Le crime a bien les siennes ». Ainsi, d'après M. d'Haussonville, le rôle de l'Académie se borne a être un rôle enregistreur et documentaire. Cette interprétation pourrait être légitime. Celle qui suit nous paraît plus exacte, mais, malheureusement, elle contredit l'esprit conservateur et religieux de l'Académie, qui se fait, en admettant comme possible une telle interprétation de son rôle, la complice de ceux qui veulent enlever au domaine divin la vertu. Que soutiennent, en effet, le comte Molé, MM. de Tocqueville, de Laprade, Caro, Flourens, Dupin, de Noailles ? Ils soutiennent que M. de Montyon a voulu « fonder l'enseignement pratique de la morale ». - M. de Flourens le dit expressément. Alors, si la morale s'enseigne, c'est que la vertu n'est point ce mouvement spontané du cœur inspiré par la divinité. La vertu s'enseigne ; elle est une force sociale, et non _divine. Elle se confond avec la bienfaisance et le dévouement. Nous allons voir bientôt avec quelle unanimité les académiciens protestent contre une telle interprétation donnée a la vertu. Eh bien ! on dirait cependant qu'ils admettent la possibilité pour l'Académie d'avoir un rôle moralisateur. Ils ne disent pas encore - réco111pe11ser la vertu; mais M. Claretie le dira un jour, sous la pression des événements. Pour le moment - avant 1870 - il leur suffit de s'en-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==