La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

180 LA REVUE SOCIALISTE pour que la société soit meilleure ... Il faut agir sur l'âme humaine, par les principes sublimes de la morale évangélique ... Le socialisme n'est pas 11écessairLe.a charitésujjit. » Deux ans plus tard, le 18 août 185 3, M. Viennet entonne le même cantique. Il le fait avec plus de discrétion et sans forcer la Yoix. Il dit simplement que M. de Montyon a voulu garantir les classes pauvres des pernicieux conseils de la misére et « les fortifier dans le désir de bien faire, en leur montrant que leurs vertus ne sont point ignorées ». Il y a plus de légèreté et de grâce - et aussi plus <l'a-propos - dans l'ingenieuse Ycrsion que nous donne M. Caro. Elle a dû séduire l'assistance féminine, qui ne manquait pas, certainement, a la séance académique du 25 noYembre 1886. M. de Montyon devient ainsi le complice de la charité dans sa lutte contre la nature ... immorale - ou plutôt amorale, suivant l'expression que certains sociologues ont fait entrer dans le langage courant. Comme je viens de le dire, cette interprétation de la pensée du généreux économiste est ingénieuse. La seule exacte d'après ce que nous savons de lui, est celle que nous fournit M. de Salvandy, dans son discours du 8 aoC1t1850. M. de Montyon, économiste imbu de la philosophie du dixhuiticmc siccle, en aurait exprimé la partie morale dans ses intentions les plus bienfaisantes. Il aurait prétendu rendre les hommes meilleurs autrement que par la charite selon l'ÉYangile, « en recourant au ressort de l'émulation, assisté de ces deux aiguillons puissants : la renommée et la récompense ». C'est l'opinion que nous donnions plus haut, en disant que M. de Montyon aYait eu dans l'idée de séculariserla vertu. Il semble bien que certains de ses contemporains clain·oyants ne s'y sont pas trompés. Grimm y a ptis le prétexte d'une de ses plus mordantes épigrammes. Elle nous est rapportée par M. Sardou, en ces termes : « Grimm vit, nous dit M. Sardou, dans cet acte de bienfaisance, un effort <le la philosophie vers la vertu chrétienne et il conte que le corps <lescurés de Paris, jaloux des privilèges qu'on venait d'attribuer a l'Académie française, et qu'il aurait plutôt cru de son ressort que de celui <le MM. les Quarante, allait, usant de représailles, fonder un prix pour le plus joli madrigal qui se ferait tous les ans dans l'étendue de leur diocèse. » L'anecdote est amusante; elle n trés loin, elle penétre jusqu'au plus profond des pensées de M. de Montyon, jusqu'i la vérité. Nous pourrions bien, dès a présent, conclure sur le point en litige. Mais nous avons a passer en revue les motifs que MM. de l'Académie ont cru devoir donner du choix de leur noble compagnie par M. de Montyon. Nous allons encore tourner autour de la vérité. Nous la

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