LA VERTU RÉCOMPENSÉE 179 pensées complexes, cette expression employée par M. de Montyon. L'économiste voltairien ne les a point communiquées à l'Académie, mais celle-ci ne saurait se méprendre ; selon elle, M. de Montyon pensait assurément que la vertu ne pouvait aYoir sa récompense icibas. Il a voulu ... Ah! il a voulu!. .. Au fait, qu'a donc voulu M. de Montyon? La liste est longue des intentions à lui prêtées par l'Académie, chaque année, depuis 1819, par l'organe sympathique ou menaçant, adouci ou vibrant, de son directeur. Certains orateurs académiques exposent les motifs qui ont, à leur avis, bien entendu, poussé M. de Montyon à désirer que l'on récompensât la Yertu. D'autres se demandent pourquoi il a choisi l'Académie plutôt que tout autre corps constitué pour lui attribuer l'avantage de cette prérogative. Au premier ordre de considérations appartiennent les opinions du comte de Falloux, de Cuvier, puis de Pailleron qui prêtent à M. de Montyon le désir de donner à la Yertu une publicité de bon aloi. Le 20 noYembre 1884, Pailleron le félicite d'ayoir fait aimer la vertu davantage en la faisant mieux connaître. Saint-Marc Girardin, 1ui, est convaincu que « la société ne peut durer si elle n'a pas, selon la parole sainte, les dix justes au moins, qui sont nécessaires au salut des cités». L'opinion de M. \'itet (19 août 1852) est négligeable. Il ne voit dans cette œuvre de justice humaine qu'un expédient pour maintenir l'ordre dans une époque troublée. « Nous sommes trop malades pour négliger ces vulgaires recettes que la science dédaigne. » Quant au duc de Noailles, il fait de l'institution démocratique des prix de vertu un instrument de lutte contre les théories nouvelles. N'oublions pas que nous sommes, alors, en 1851, à une époque où le socialisme est déjà l'effroi des esprits conservateurs . • « On dirait, insinue l'orateur académique, que M. de Montyon a pressenti que la classe inférieure et paune deYiendrait bientôt le point de mire de ceux qui rêvent le bouleversement de la société, et qu'à l'aide de théories perfides, on s'efforcerait de la révolter contre sa destinée et d'ébranler par ses mains l'ordre social, qui l'écraserait ellemême sous ses débris .... » Dans cette occurrence fâcheuse pour les prérogatives aristocratiques, qu'imagine M. de Montyon (toujours en prévision des catastrophes possibles)? Il charge les académiciens de récompenser les belles actions et, ainsi, il les force à remonter, « par l'étude même des intéressants dossiers, où elles sont consignées, à ce qui, presque toujours, en est la véritable origine, la religion et la foi». « En présence des dangers qui nous menaçent, ajoute le duc de Noailles, le remède est au milieu de nous. C'est l'homme lui-même qu'il faut réformer
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