La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE M. Dupin, le rr dccembre 1845, en envisagea la possibilité. « Tobie magistrature, dit-il, celle qui aurait pour charge de rechercher l'existence de tous les actes vertueux; comme on recherche celle de tous les délits; d'en rassembler, d'en débattre toutes les preuves; d'en .juger, d'en récompenser les auteurs. » Mais il est contraint de convenir que l' Academie française ne saurait avoir la prctention d'exercer cette haute justice rémunératrice, à laquelle les i11stitutio11hsumai11ense sauraientatteindre. « On ne peut rémunérer que les services, comment récompenser la vertu? >> De M. de Tocqueville, deux ans après, cette phrase typique: « Les gouvernements, ces grands instruments du bien et du mal sur la terre, y sont presque toujours eux-mêmes impuissants. C'est Dieu qui récompwsela vertu, et c'est Dieu qui la do1111e. » D'autres académiciens vont même plus loin dans cc sens. Ils ne croient pas qu'il soit désira blc de récompenser la vertu. Renan a trouvé des motifs dclicieux pour exprimer cette pensée et la rendre admissible. D'autres, avant lui, l'avaient fait avec autant d'autorité, mais moins de goût. ·Ainsi, le grand Cuvier nous affirme, le 2 5.août 1829, que « la véritable vertu ne peut trouver qu'en elle-même une récompense digne d'elle >i ; ce qu'Ernest Renan développe en disant que « la vertu a justement pour trait de haute noblesse de ne correspondre a aucun salaire ». « Mille expériences désastreuses, ajoute-t-il, prouveraient a l'h9mme qu'en faisant le bien il obéit à une duperie, que l'homme n'en persévérerait pas moins dans cette voie ingrate, improductive folie selon le bon sens vulgaire, sagesse selon l'esprit supérieur. » Ce que le doux philosophe cherche à prouver au moyen d'un apologu';! choisi avec à-propos. Quelques années plas tard, le comte d'Haussonville, traitant à son tour le même sujet, s'est fait aussi l'apôtre de la vertu pour elle-même. « Le jour où la vertu cesserait d'être désintéressée, elle perdrait son mcrite et sa fleur. » * * * - Et pourtant, on la récompense chaque année une fois, cette vertu! - suivant la remarque amusante et spirituelle qui forme le début du discours de Renan ! - Vous vous trompez! On ne saurait la récompenser. L'Académie française n'entend pas qu'il soit dit qu'elle récompe11se, réellement, la vertu. Si cette expression est encore employée, par aventure, dans les discours académiques, c'est que les orateurs, qui l'emploient, ne voient en elle qu'un ingénieux euphémisme. Elle cache bien des choses, bien des intentions, des tas de

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