La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA ~ERTU RtCOMPENStE 177 psychologie du donateur : « Ce fut un philanthrope par raison, nous dit-il, plutôt que par tempérament. Il s'était épris pour l'humanité d'un amour de tête. » Nous y voilà; nous sommes un peu mieux informés, maintenant. M. de Montyon n'est pas un de ces grands aventuriers de la charité, agissant avec désintéressement et poussé par une sorte de folie mystique. Nous comprenons déja que ce philanthrope humanitaire ét:tit bien de son siecle. Il a voulu jouer une niche à la Religion en la pri_vant de la vertu, qui était une des plus vivantes fleurs de son domaine. La Bourgeoisie venait de séculariser la science, enlevée aux. bénédictins et aux moines, il a voulu séculariser la vertu. Nous reviendrons là-dessus tout à l'heure. Voici, d'ailleurs, qui va donner plus de force encore à cette thèse (car ce n'est plus - ou presque plus - une hypothèse). Ecoutez M. d'Haussonville, à qui revenait, en 1896, le soin de louer la vertu et son bienfaiteur. Il s'agit de ce dernier. C'était, nous apprend l'éminent orateur académique, un propriétaire très entendu et un créancier peu accommodant. Il mandait à son regisseur Parain de ne point omettre de faire cueillir les cerises qui poussent sur les jeunes arbres, même si elles étaient sans valeur, afin qu'on 11es'accoutumâpt as à les voler. Il refusait de faire à Louis Merland une légère remise sur sa redevance de 46 livres .... Et voici quelle est, relativement à la psychologie de M. de Montyon, la conclusion du directeur de l'Académie : « Terre ou capital, il estimait que tout bien doit porter intérêt, et il aurait voulu qu'il en fût de même de la vertu. » C'est dans cet esprit, afin d'empêcher que des actions louables demeurassent inconnues, et sans récompense, qu'il a légué à l'Académie la somme considérable dont, suivant ses intentions, on partage chaque .i!_nnéeles revenus entre les Français pauvres ayant accompli des actions vertueuses. Naturellement, M. d'Haussonville ne saurait admettr~ une aussi profane - et profanante - intention. Pour lui, la vertu est de source divine et il espère bien que les legs de l'Académie n'ont pas eu pour effet' d'encourager la vertu. Ce qui serait déplorable. Il est ainsi dans la bonne tradition religieuse et ... académique. Dès l'origine, la grande préoccupation des académiciens qui, successivement, firent l'éloge de la vertu, fut de conserver à celle-ci son caractère divin et ... religieux. D'ailleurs, ils sont bien tranquilles. Qui donc aurait la prétention d'être informé de toutes les actions vertueuses? Us ont accepté avec sérénité le legs du donateur, parce qu'ils savaient bien qu'il est impossible de récompenser la vertu. Ils ont admis la donation, mais avec une restriction mentale, en ce qui concernait son objet. Vouloir récompenser la vertu ! Quelle prétention! Dieu seul en a le pouvoir, et ... c'est dans un autre monde .... 12

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==