La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

168 LA REVUE SOCIALISTE Mais il est clair que si le profit consiste en sur-produit, dans l'économie sociale moderne, les capitalistes ne fondent pas des fabriques ou des exploitations pour consommer les sur-produits obtenus, mais en vue de recouvrer la valeur de ces sur-produits. Les analyses précédentes supposent que la division du travail n'existant pas, le capitaliste fait produire au travailleur l'équivalent de sa consommation. Mais étant donnée la division du travail, ce n'est plus la même chose ; le capitaliste, loin de consacrer une partie de la journée de travail à la production des marchandises de consommation de l'ounier (produit nécessaire) et une autre partie à la production des marchandises de consommation qui lui sont propres (sur-produit), fait au contraire produire une unique marchandise qu'il peut ensuite échanger sur le marché avec toute autre marchandise qu'il désire. D'après cela, il semblerait que, dans l'économie sociale ·moderne, on ne peut plus séparer l'analyse du profit de l'analyse de la Yaleur. Pourquoi? parce que le profit se présente comme constitué par des marchandises ayant une valeur, que le producteur ne peut directement consommer, mais possédant le pouvoir d'échange avec les richesses ·qui représentent leur consommation. Pour ce motif précisément, Graziadei consacre une seconde partie de son travail à prouYer que les conséquences auxquelles il arrive et que nous avons brièvement exposées, supposée inexistante la division du travail, continuent à subsister, même quand on constate l'existence de cette <liYisiondu travail. Il démontre que, même dans les sociétés modernes à base de division du travail, profits et salaires peuvent se concevoir comme une masse de produits destinés à satisfaire respectivement aux consommations de la classe capitaliste et à celles de la classe ouvrière ; et que la valeur a uniquement pour fonction de déterminer quelle part de ce produit et de ce sur-produit complexe va aux capitalistes particuliers et aux ouvriers individuels. Le but, c'est de faire devenir individuel. ce phénomène qui d'abord était collectif. Mais le phénomène ne change pas pour cela de nature; l'analyse du profit • qui était vraie quand le profit était conçu comme composé de sur-produits concrets, tangibles, ne cesse pas d'être vraie par ce seul fait que les mêmes sur-produits, dans une société à base de division du travail, sont conçus comme marchandises ayant une valeur. De cette façon, la théorie du sur-tranil r~ste, d'après Graziadei, hors de tout péril qui pourrait dériver de la fausseté de telle ou telle théorie de la valeur. Ainsi tombe la raison principale des critiques qui lui ont été opposées jusqu'ici. Et l'auteur conclut ainsi son travail : « A défaut d'autre mérite, l'œuvre que nous apporton.s potlr confirmer l'origine du profit, telle qu'elle fut supposl'.:e par l'économie classique

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