La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

8 LA REVUE SOCIALISTE un courant révolutionnaire qui répond a la poursuite de l'idéal socialiste par le prolétariat organisé. Et la présence latente de ces deux courants dans le mouvement démocrate socialiste détermine l'apparition périodique de conflits violents comme celui qui vient d'cclater à Stuttgart. Diverses circonstances particuliéres l'avaient préparé. Berstein, l'un des théoriciens du parti, réfugié a Londres, avait publié dans la rerne scientifique de la démocratie socialiste allemande, la Ne11eZeit, une série d'articles, intitulée Problèmes du Socialis/1/e, ou était prônée la tactique réformiste. Bernstein s'efforçait de montrer l'esprit démocratique transformant par un travail continu les institutions de la société présente, tendant;\ affranchir le mouYcment syndical et le rnouYcmcnt coopératif de toutes les entraves légales, a régler selon les revendications des organisations ouvrières l'adjudication des travaux publics, à soumettre le travail industriel à une législation protectrice. Le rôle de la démocratie socialiste était, selon lui, non pas de spéculer sur de grandes catastrophes, mais de lutter pour obtenir des réformes propres a élever le niveau de la classe ounicre et à transformer l'État dans le sens de la démocratie. Cc long mouvement clc réformes, d'ameliorations pratiques etait le seul élément positif de l'activité du parti. « Le mouvement est tout pour moi, aYait dit Bernstein; cc que l'on appelle communément but final du socialisme n'est rien. » Et cette parole de l'exilé, venue comme des hauts sommets de la théorie pure, lince aux camarade.:; comme la confession suprême d'une inébranlable co1wiction scientifique, avait suscité un vif émoi dans les consciences. C'était un défi froidement jeté à la grande tradition révolutionnaire du parti par l'un de ses penseurs les plus respectés. - Et à l'antipode de la théorie, dans une reunion électorale, l'avocat ·wolfgang Heine, ·candidat du parti, avait prononcé le nom de politique de co111pensatio11, avait parll'.: d'un « échange de canons contre des droits du peuple». On accorderait au gouvernement les crédits militaires pour faire donner au peuple des droits. Le scandale fut grand. Des protestations s'élcvcrent <letoutes parts. Le camarade Parn1s, alors directeur de la SaecbsiscbeArbeiterzeit1111g, s'éleva aYec indignation;\ la fois contre les déclarations de Bernstein et contre celles de Heine. Il denonça de toutes parts les symptômes de l'esprit de modérantisme et de compromission, et rappela aux camarades les principes rèvolutionnaires et l'idéal socialiste. Sa critique fut ttpre, ses coups portércnt indistinctement, avec \'iolence, sur tous ceux qui avaient, de prés ou de loin, favorisé la tendance modérée. Et les mècontcntements qu'aYaient fait naître Bernstein et Heine se compliquèrent de ceux que provoqua Parvus. . Les choses en étaient la, lorsque la représentation suprême du

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