La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LE COXGRÈS SOCIALISTE DE STUTTGART 7 clure les préoccupations révolutionnaires. Le souci quotidien des améliorations immédiates menace de faire obstruction a la vue claire du but; ce qui n'était primitivement qu'un moyen tend à se poser comme fin et a s'opposer ainsi a la fin primiti\'e. Et ainsi, même en tant que rcprcsentation exclusi\'c des intérêts de classe du prolétariat, ladémocratie socialiste rccéle des germes latents d'antagonismes. Mais la démocratie socialiste allemande n'est pas la représentation • exclusive des intérêts de classe du prolétariat. L'œm-re dcmocratique que la bourgeoisie a accomplie en d'autres pays, par exemple en Angleterre et en France, en Allemagne les partis bourgeois se sont montrés incapables de l'accomplir. La classe ouvriére organisée, la démocratie socialiste l'a entreprise. Aussi d'autres suffrages sont-ils venus a la démocratie socialiste que les suffrages du prolétariat. Des hommes de toutes les classes écrasces par la sou\'eraine puissance du capital, petits fonctionnaires, petits artisans, petits paysans, lui ont confié leurs destinées. Certaines régions de petite propriétc paysanne, par exemple plusieurs circonscriptions de la Ba\'ièr~, ont choisi pour députés au Landtag, au Reichstag, des démocrates socialistes. La démocratie socialiste allemande, dans son ensemble, ne représente donc pas exclusivement les intérêts du prolétariat. Celui-ci forme bien toujours l'ossature du parti; il n'est plus son unique substance. L'homogénéité primiti\'e de la démocratie socialiste a disparu par l'adjonction d'éléments nouYeaux; et dans l'hétérogénéité des éléments qu'elle renferme actuellement réside une source nouvelle de conflits. Tandis que les prolétaires, perpétuellement aux prises avec le capital, grand et petit, ne peu\'cntespérer le salut de leur classe que de la destruction totale cl u capital sous toutes ses formes et demandent à la démocratie socialiste de l'anéantir, les petits bourgeois, petits artisans, petits paysans venus a elle, attendent d'elle surtout des mesures protectrices. Leurs classes, opprimées par le grand capital, ne sont directement hostiles qu'au grand capital. Aussi ne demandentils pas :i la démocratie socialiste de supprimer le capital en général; ils lui demandent seulement de contenir sa tendance expansive. Ils attendent d'elle des mesures d'assistance, tandis que le prolétariat militant attend d'elle la rcvolution sociale. De cette di\'ersité des éléments et des intérêts représentés par la démocratie socialiste résulte donc le conflit de tendances réformistes et de tendances révolutionnaires; de la double mission que doit remplir la démocratie socialiste vis-a-Yis du prolétariat nous a\'ons vu résulter les mêmes tendances, grosses du même conflit. La tendance réformiste à l'intérieur du mouvement prolé:tarien double donc son énergie de l'énergie de la tendance réformiste des éléments non prolétariens venus à la démocratie socialiste : de ces préoccupations pratiques de sources diverses résulte dans le parti un courant réformiste, que croise

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