La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE d'acheter, les prix s'étant élcves, plus de pain que son gain ne lui permet. Mais il y a cette difl:erencc : le fonctionnaire, tout en descendant de plus en plus dans la ruine, ne perd pas, tant qu'il vit, la possibilité de trouver un autre emploi et de rétablir sa situation; le paysan, au contraire, s'il perd son cheval, son champ, ses semences, voit disparaître définitivement la possibilite d'amdiorer sa situation. La majorite des paysans de la localité dont j'ai parle se trouve dans cette situation périlleuse. Mais l'année prochaine cette situation ne sera pas seulement menaçante, cc sera pour la majorité la ruine définitive. Aussi les secours tant gouvernementaux que privés seront-ils l'année prochaine d'une nécessité pressante. Et cependant c'est precisérncnt maintenant que notre gouvernement de Toula, de même que dans ceux d'Orcl, de Kasan et dans d'autres, qu'on prend les mesures les plus encrgiques pour empêcher sous toutes leurs formes les secours particuliers de se produire. Ainsi, dans le district d'Effrcmoff où je me dirigeais, les personnes etrangcres n'etaient pas admises en aucune façon à venir au secours des pauncs. Une boulangerie organisee par une personne chargée des fonds de la Socicte économique libre a été fermee et la personne elle-même expulsée, de même que les particuliers arrives auparavant. On pretend que la disette ne se fait pas sentir dans ce district et que les secours y sont inutiles. De sorte que·, même si des raisons personnelles ne m'avaient pas empêché de réaliser mon intention et d'aller dans le district d'Effrcmoff, ce voyage aurait été inutile ou n'aurait produit que des complications superflues. Quant au district de Tchcrn, \'Oici cc qui s'y était passé pendant mon absence et cc que m'a raconte mon fils qui en venait: les autorités de police arrivèrent dans le village où se trouvaient les réfectoires et défendirent aux paysans d'y aller pour diner et souper; pour être plus sùrcs de l'exécution de cet ordre, clics ont brisé les tables sur lesquelles on m:111geait; puis apres, elles sont parties tranquillement; clics _n'anicnt donné à ceu.x qui ayaient faim, pour remplacer le morceau de pain qu'on \'enait de leur enlever, autre chose que l'ordre d'obéir sans murmurei:.. Il est difficile de s'imaginer cc qui se passe dans la tète et dans le cœur tant de ceux auxquels cette defcnse s'applique que de tous cçux qui l'ont apprise. Il est encore plus difficile - pour moi du moins - de s'imaginer ce qui doit se passer dans la tête et le cœur de ceux qui croient utile de prescrire et d'executer de telles mesures, c'est-à-dire d'otcr, naiment sans comprendre ce qu'ils font, un morceau de pain charitable de la bouche de ceux qui ont faim, de la bouche des malades, des vieillards et des enfants .... Je connais cc qu'on a,,ance pour defcndre ces mesures: d'abord, il s'agit de prouver que la situation de la population confiée à nos soins n'est pas aussi nuu\'aise que Yeulent le faire croire les gens du parti adverse;

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