La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

• LA FA~ll~E EN' RUSSIE E>I I 898 139 un seul cas contraire. Telles sont les pensées et tels sont les sentiments que m'a suggérés ce nouveau contact aYec la misère des paysans; j'ai cru de mon devoir de les exprimer pour que les gens sincères qui veulent uaiment rendre au peuple tout cc qu'il nous a donné et nous donne encore, ne dissipent pas en vain leurs forces dans une activité insignifiante et souvent mal dirigée. Il leur faut, aa contraire, employer toute leur énergie à arriYer au résultat suivant sans lequel aucun secours ne sera efficace : il faut abolir tout ce qui pèse sur l'état d'esprit du peuple et fonder ce qui peut le releYer. Avant d'expédier cet article, j'ai décidé de visiter encore le dis- . trict d'Effremoff, parce que plusieurs personnes dignes de toute confiance m'avaient dépeint la misére qui régnait dans plusieurs de ces localités. Pour m'y rendre, j'ai dù parcourir dans toute sa longueur le district de Tchern. Dans la localité que j'habitais, c'est-à-dire à la limite de ce district et de celui de Mtzensk, le seigle était, il est vrai, trcs mauYais cette année, mais le spectacle auquel j'ai assisté, pendant le trajet, a dépassé mes préYisions les plus sombres. Les localites que j'ai traversées sur une longueur de prcs de trente-cinq verstes depuis GremiatcheYo jusqu'à la limite des districts Effremoff et Bogoroditzk, et sur une largeur de prcs de Yingt Yerstes, comme on me J'ayait dit, sont l'année prochaine menacées t'galement d'une calamité terrible. Le seigle a pcri complètement sur toute la surface de ce rectangle- près de roo,ooo déciatines. Le voy:igeur fait une, deux, dix, vingt Ycrstes sans rencontrer des deux côtés de la route autre chose que de l'arroche sur les terres des propriétaires et l'absence même de cette arroche sur celles des paysans. De sorte que l'année prochaine la situation des paysans de cette localité (et on m'a dit que dans d'autres localités le seigle était cgalement perdu) sera encore incomparablement pire que maintenant. Je parle des paysans et non pas des propriétaires fonciers en général, parce que les paysans seuls se nourrissent de lems produits agricoles et en particulier de leur seigle et la récolte de ce dernier a pour eux l'importance décisive d'une question de vie et de mort. Dès que le blé qu'il a récolté ne suffit plus au paysan pour toute l'année ou pour la plus grande partie de 1'année, si de plus le blé est cher comme c'est le cas cette année (près d'un rouble), sa position menace de devenir désespérée et peut se comparer à celle d'un fonctionnaire, par exemple, gui habite une Yille, a perdu sa place et ses appointements, et continue à nourrir sa famille. Pour subsister, cc fonctionnaire priYé de traitement doit ou bien dépenser ses réserves, ou bien vendre ses effets, et chaque jour le rapproche davantage d'une ruine complète; la situation du paysan est la même : il est contraint

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