LA FAMl'.\E E~ RUSSIE EN 1898 f qr ensuite, toute institution ( et les réfectoires et les boulangerie:. sont des institutions) doit être soumise au contrôle du gouvernement, quoiqu'en 1891 et 1892 ce contrôle ne se soit pas produit; enfin, le contact direct et proche de la population ,l\"ec les personnes qui viennent la secourir peut proYoquer en lui des pensées et des sentiments fâcheux. Mais tout cela, même juste - et c'est essentiellement faux - tout cela ne peut l'emporter sur les services que rendent les réfectoires et les boulangeries qui distribuent du pain aux nécessiteux. \'oici la situation telle qu'elle est : il y a des hommes qui, je ne dirai pas meurent de faim, mais souffrent la faim; il y en a d'autres qui viYent dans l'abondance; un bon sentiment pousse ces derniers à donner leur superflu aux malheureux; d'autres personnes enfin ,·culent servir d'intermédiaires entre les premiers et les seconds et ils y sacrifient leur travail. Est-il possible qu'une telle actiYité soit nuisible à qui que ce soit et que le devoir du gouvernement soit de s'y opposer? Que le soldat posé en sentinellè près de la porte de Borovitchi m'ait empêché de faire l'aumône à un pauvre, comme je le voulais, et qu'il n'ait fait aucune attention lorsque je lui parlais de l'Énngile, qu'il m'ait demande si j'ai lu le règlement militaire - cela je le comprends; mais une institution gouvernementale ne peut négliger l'É\'angile et les exigences de la morale la plus Oémentaire, le principe qui veut que les hommes se viennent en aide les uns aux autres. Le gouYernement n'existe, au contraire, que pour écarter tout ce qui peut être un obstacle à cette règle. Ainsi le gouYernement n'a aucune raison de s'opposer à cette sorte d'activité. Et si des organes gouvernementaux mal inspirés exigent qu'on se soumette à une telle interdiction, le devoir de chaque particulier est de ne pas satisfaire à cette exigence. Lorsque le commissaire de police rurale qui était venu nous voir m'a dit qu'il ne me coûtait rien de m'adresser au gouverneur pour lui demander l'autorisation d'ounir des réfectoires, je lui ai répondu que je ne connaissais aucune loi interdisant cet acte et que même, s'il y en avait une, il me serait impossible de m'y soumettre, car en m'y soumettant je pourrais être demain placé dans l'obligation de m'interdire de donner de la farine, de faire l'aumône sans une autorisation du gouvernement. Cependant le droit de faire l'aumône a été institué par une autorité s_upérieure et aucun autre pouvoir ne peut l'abolir. On peut fermer les refectoires et les boulangeries, on peut renyoyer d'un district dans un autre ceux qui viennent pour organiser les secours; mais il est impossible d'empêcher ces hommes, renvoyés dans un autre district, d'y vivre chez des amis ou dans une izba de paysans et d'aider le peuple d'une autre façon, en lui consacrant
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==