La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

138 LA REVUE SOCIALISTE ne deviendront utiles que lorsque le moral du peuple se sera releYc et qu'il Youdra en profiter librement et consciemment. Quant à la troisicmc question qui concerne ce qu'il faut faire pour que cet état misérable ne se reproduise pas, ma réponse sera la suiYantc : il faudrait, pour atteindre ce but, je ne dis pas estimer, mais cesser de mépriser, d'offenser le peuple et ne plus le traiter comme du bctail ; il faut lui accorder la liberté de conscience, il faut le soumettre à des lois générales et non exceptionnelles, il faut le dclivrer des cc zemski natchalniki », il faut lui donner la liberté d'apprendre, la liberté de lire, la liberté de se déplacer; il faut surtout supprimer l'institution qui pèsera d'une façon si ignominieuse sur le régne precédent et sur le rcgne actuel, supprimer cette torture sauvage, la punition corporelle, en vertu de laquelle les hommes dans la force de l'ùge sont flagellés uniquement parce qu'ils font partie de la classe des paysans. Si l'on me disait : toi qui Yeux du bien au peuple, tu peux choisir de deux choses l'une : soit de donner à chaque ménage de tout le peuple ruiné trois chcYaux, deux \'aches, trois déciatines d'une terre fumée et une maison bùtic de pierre, soit la liberté de conscience, d'instruction, de déplacement et l'abolition de toutes les lois d'exception faites pour les paysans, sans aucune hésitation, je choisirais èe dernier lot, car je suis conYaincu que si l'on donnait aux paysans des moyens matériels, mais qu'on leur laissât le même clergé, les mêmes écoles paroissiale~, les mêmes cabarets appartenant au Trésor, la même armée de fonctionnaires qui prétendent se prcoccuper de leur bien-être, ils auraient tout dépensé en vingt ans et seraient au bout de cette période aussi pauvres qu'ils ctaient auparavant. Si, au contraire, l'on déline les paysans de toutes les cnt;·aves qui les lient, ils pourront en vingt ans acquérir tous les biens qac nous aurions pu leur donner et même daYantage. Si je pense qu'il en. sera ainsi, c'est d'abord parce que j'ai toujours trouvé plus de raison et plus de conscience Yéritable parmi les paysans que parmi les fonctionnaires. Cela m'amène à penser que les paysans découvriront mieux et plus vite ce dont ils ont besoin ; de plus, il est naturel de supposer que les pays eux-mêmes dont le bienêtre nous est cher, savent en quoi consiste ce bien-être beaucoup mieux que les fonctionnaires dont la premicre occupation est de toucher leurs appointements. De plus, l'expérience montre constamment et d'une façon infaillible que plus les paysans sont, comme dans les •centres, soumis aux fonctionnaires, plus ils s'appauvrissent, et, au contraire, plus ils se trouvent éloignés d'eux, comme par exemple en Sibérie ou dans le gouvernement de Somara, d'Orenbomg, de Vioatka, de \'ologda, d'Olonetz, plus ils prospèrent, sans que l'on puisse citer

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