La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

136 LA REVUE SOCIALISTE demandent à ycnir au réfectoire et y Yiennent s'ils y sont admis. En 1891 cela n'aYait pas lieu. ''oici, par exemple, un cas qui montre bien le degré de pauvreté et de manque de confiance en leurs propres forces auquel sont arrivés les paysans. Dans le village Chouchlimo, district de Tchern, la propriétaire vend aux paysans ses terrains par l'intermédiaire de la banque. Elle leur demande en plus dix roubles pour déciatine, et cela même en deux termes, par cinq roubles; elle leur donne la terre ensemencée, plus deux tchetverts ( r) d'aYoine par personne pour l'ensemencement des blés de mars. Et même dans ces conditions extrêmement favorables les paysans traînent l'affaire en longueur et n'entreprennent rien. Ainsi, ma réponse à la deuxième question est que la situation dans laquelle se trouvent les paysans vient de ce qu'ils ont perdu le courage, la confiance en leurs forces, l'espoir d'améliorer leur sort, en un mot de ce qu'ils se sont laissés aller au découragement. Quant à la réponse :\ la troisième question : comment tirer les paysans de leur situation misérable? elle decoulc de la réponse précédente. Pour aider les paysans, il ne faut qu'une chose : éleYer leur courage, éliminer tout cc qui le réduit. Et cc qui le réduit, c'est que ceux qui gouYcrncnt le paysan ne lui reconnaissent aucune dignité humaine; ils le considèrent non comme un homme semblable aux autres, mais comme un être grossier et irraisonnable qui.doit être guidé et protégé dans chaque affaire, et, par conséquent, sous le couYert de soins à son égard, gênent completement sa liberté et humilient sa personnalité. C'est ainsi que dans la sphère la plus importante, dans la sphère religieuse, chaque paysan ne se sent pas un membre libre de son Église, qui a librement choisi, ou au moins librement admis la religion qu'il professe, mais un esclave de cette Église, obligé d'obéir sans discussion aux prescriptions de ses chefs religieux, cnyoyés et institues indépendamment de son désir ou ·de son choix. Cc qui prouve que c'est une cause importante du découragement du peuple, c'est que partout et toujours, lorsque les paysans, s'affranchissant du despotisme de l'Église, sont entres dans les sectes, leur courage s'est trouvé de suite releYé et immédiatement, sans exception, leur situation économique s'est améliorée également. Les lois spéciales cn~écs pour les paysans et qui sont l'expression • des soins dont on les entoure ont également des effets funestes. En fait on peut dire qu'il n'y a là aucune loi, les paysans étant liués à tout l'arbitraire des fonctionnaires institués pour les gouverner. Nominale- (1) Tchetvert = 2,099 hectolitres.

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