135 encore leur découragement. Plus la population Yoit son bien-être économique baisser - comme le poids qui pèse sur un levier, plus il lui est difficile de se releYer; les paysans le sentent et semblent / n'attendre plus rien d'eux-mêmes. « r ous ne songeons plus à vivre grassement, mais seulement à Yivre », disent-ils. Les signes de ce découragement sont tres nombreux. Le premier et le plus important c'est leur indifférence complcte à l'égard de tous • les intérêts spirituels. La question religieuse n'existe pas du tout <lans le centre agricole, non pas parce que le paysan tient fermement pour l'orthodoxie (au contraire, tous les rapports et tous les renseignements confirment l'idée que le peuple devient de plus en plus indifférent envers l'Église), mais parce que les questions spirituelles ne l'intéressent pas. Un autre signe, c'est l'inertie, le refus <le modifier ses habitudes et sa situation. Tandis que dans les autres gouYerncments on a commencé, pendant ces derniéres années, à se sen·ir de charrues, de herses en fer, à semer les herbes et les plantes chcrcs, à planter des jardins, même à se servir d'engrais minéraux, - dans ce centre, tout reste dans l'état ancien, avec le sochct, le systéme des trois champs, des morceaux de terrains fractionnés, pas plus large qu'une herse, et tous les modes et les usages du temps de Rurik. Le chiffre même de l'émigration est moins considérable dans la région de Tchernozem. Un troisième signe- c'est l'awrsiou pour le travail des champs; cc n'est pas de la paresse: c'est un travail lent, sans gaieté, improductif, un travail pour lequel on peut prendre comme embléme ce puits dont on tire de l'eau non pas à l'aide d'une grue ni d'une roue, comme cela se faisait autrefois, mais simplement aYcc une corde qu'on tient à la main, dans un seau qui fuit et perd un tiers de son eau avant qu'il soit arrive à destination. Tel est presque tout le travail du paysan du Tch;rnozcm, de ce paysan qui met seize heures à labourer tant bien que mal, avec un cheval qui se traîne à peine, un champ qu'il pourrait, bien nourri, aYec un bon chcYal et à l'aide d'une bonne charrue, labourer en une demi-journée. Le desir de s'oublier devient alors naturel; le Yin et le tabac prenncqt de plus en plus d'extension, de sorte que dans ces derniers temps on YOit les enfants même, les garçons, boire et fumer. Le quatricme signe de découragement, c'est la désobéissance des fils envers leurs parents, des fréres cadets aux fréres aînés; on n'e1woie pas à la famille l'argent gagné ailleurs, les jeunes genérations tendent à se débarrasser de la vie des champs, pénible et sans espoir, et cherchent à trouver une situation quelque part à la ville. Nous aYons pu saisir un signe du découragement produit ces sept derniéres années : dans beaucoup de villages, des paysans adultes et, semblait-il, aisés,
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