La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

l 3-1- LA REVUE SOCIALISTE Jui, pour \'Oir a quel point les forces <le ce paysan sont minees par une nutrition insuffisante. Lorsque, comme cela se faisait autrefois et comme cela se fait encore maintenant chez des gens peu économes, l'on ne garde du bétail que pour le fumier, en lui donnant a manger n'importe quoi dans une cour froide - pourvu se11lcment qu'il ne crhe pas, - il arrive que dans cc bétail seuls les animaux Yigoureux supportent cc régime sans préjudice pour leur organisme, tandis que les vieux, les faibles et ceux qui, en raison de leur jeunesse, n'ont pas encore assez de forces, crè\·ent ou, s'ils sun•iyent, cc n'est qu'au detriment de leur postérité et de leur santé, et les jeunes - au détriment de leur croissance et de leur constitution. Le paysan russe de la région centrale du Tchcrnozem se trouve exactement dans la même situation. De sorte que, si sous le mot de « famine» nous entendons cette insuffisance de nourriture qui a pour consequence immédiate la maladie et la mort - comme, à en juger par les descriptions, cela s'est produit recemrncnt dans l'Inde, - on peut dire qu'une telle famine n'a eu lieu ni en 1891 ni cette année-ci. Mais si par famine nous entendons non un manque de nourriture dont on tombe malade et dont on meurt aussitôt, mais un defaut de nourriture quj permet aux hommes de viHe, mais de Yine misérabfement, mourant avant le temps, attrapant des infirmites, ne se reproduisant pas et degenérant, alors une telle famine existe dejà depuis vingt ans pour la majorite de la population de la region centrale, et elle montre une acuité particulière cette annee. Telle est ma reponse a la prcmiere question. Pour le deuxiemc point: quelle est la cause de cet état? Je repondrai que cette cause est morale et non materiellc. Les militaires savent ce qu'est l'esprit de l'armee; ils savent que cet clément intangible est la principale condition du succés et qu'en son absence tous les autr.es s'evanouissent. Les soldats peuvent être bien habillés, nourris et, armes; ils peuvent recevoir la portion plus forte, - la bataille sera perdue si cet élément intangible qu'on appelle l'esprit militaire fait défaut. Il en est de même dans la lutte contre la nature. Des que le peuple n'a plus le courage, l'assurance, l'espoir de Yoir son etat s'am<'.:liorer de plus en plus, mais qu'au contraire il prend conscience de l'inutilité de ses efforts et se décourage - ce peuple ne peut plus Yaincre la nature, mais sera Yaincu par clic. Et telle est précisément la situation actuelle de tous nos paysans et en particulier de ceux du centre agricole. Ils sentent que leur situation d'agriculteurs est mauvaise, presque sans issue ; s'accommodant à cette situation sans issue, ils cessent de lutter contre elle et ne vivent et n'agissent que juste autant qu'ils y sont poussés· par l'instinct de conser\'ation. De plus, la situation malheureuse a laquelle ils sont arrivés augmente

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