LA FAMllŒ EN Rt:SSIE EN 1898 133 informé d'avance I.e gouverneur du nombre de réfectoires que l'on se propose d'ouvrir dans chaque localitc. Une commission de police rurale est même venue du gouvernement de Toula pour defendre d'ouvrir des rcfectoires sans autorisation du gouverneur. De plus, il a été interdit à tous ceux qui n'habitent pas constamment la localité de prendre part et d'aider à l'organisation de ces réfectoires sans y être autorisés par le gouYerncur; et sans le secours de ces auxiliaires qui se sont spccialement occupés de ces institutions compliquées et exigeant tant Je soins, il est impossible de les ctablir. De sorte que, malgré la misère incontestable du peuple, malgré les moyens fournis par les souscripteurs pour la soulager, notre entreprise non seulement ne peut s'étendre mais se trouYe même menacée d'une suppression complète. En conséquence, les sommes que j'ai reçues dans ces derniers temps, notamment 500 roubles de la princesse Kondacheff, r ,ooo roubles de Mme X ... et 2,000 roubles de la Société dramatique, au total: 3,500 roubles, plus quelques envois peu importants, restent inutilisées et seront retournèes aux souscripteurs, à moins que ces derniers ne veuillent leur donner une autre destination. Telle a été ma part personnelle; je m'efforcerai maintenant de répondre aux questions générales que mon actiYité m'a suggérées et qui, à en juger par les journaux, ont occupé également la société entière ces temps derniers. Ces questions sont les suivantes : Y a-t-il ou n'y a-t-il pas famine cette année? D'oü vient cette misère du peuple qui se répete si souvent? Et comment faire pour que cette misère ne se reproduise pas et n'exige pas des mesures de soulagement spéciales? A la première question, je répondrai ainsi : des recherches statistiques montrent qu'en général les Russes mangent 30 °/o de moins que cc qu'il faut à un homme pour se nourrir d'une façon normale; de plus, des renseignements nous apprennent que les jeunes gens de la région de la terre noire (Tchernozem) ont une constitution qui satisfait de moins en moins, dans les Yingt dernières années, aux exigences du service militaire ; puis le recensement général a montré que l'accroissement de la population qui, il y a Yingt ans, était le plus grand dans la région agricole, djminuait peu à peu et qu'actuellement il est tombé à zéro dans ces provinces. Mais même sans ctudier les données statistiques, il suffit de comparer le paysan agriculteur de la rcgion moyenne, maigri jusqu'aux os, au teint malsain, à ce même paysan devenu concierge ou cocher bien nourri ; il suffit de comparer les mouvements de ce concierge ou de ce cocher et le travail quïl peut fournir avec les mouvements et le tra\'ail du paysan resté chez
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==