LA REVUE SOCIALISTE tation que donne l'usage d'une nourriture suffisante lorsqu'on en a étc pendant longtemps privé. On entendait le bruit qu'on faisait en mano-eant et de temps à autres des rires se faisaient entendre aux t:, ' tables des enfants. Il y avait là également deux mendiants de passage que celui qui servait à table s'excusait d'avoir admis au souper. Tout se passait tranquillement, avec calme, comme si cet ordre de choses avait existé depuis des siècles. De Gouchtchino je suis allé au village de Pnevichevo, d'où des paysans étaient venus deux jours auparavant pour nous demander des secours. Ce village consiste, de même que Goubariovka, en dix maisons. Sur ces dix ménages, il y a quatre chevaux, quatre vaches et presque pas de brebis; les maisons sont si vieilles et si mauvaises qu'elles tiennent à peine debout. Tout le monde est pauvre et tout le monde implore des secours. « Qu'on s'occupe au moins un peu des enfants », disent les femmes, « maintenant ils demandent du pain et il n'y a rien à leur donner, et l'enfant s'endort sans avoir soupé». Je sais bien qu'il y a ici un peu d'exagération, mais ce que dit cet autre paysan qui se tient là également, vêtu d'un caftan déchiré à l'épaule, n'est plus de l'exagération, mais la réalité même. « Si seulement il y avait deux ou trois de moins à nourrir))' dit-il. « Maintenànt je viens de porter à la Yille la dernière so_uquenille (la pelisse y est déjà depuis longtemps) et j'ai rapporté trois pouds pour huit personnes, est-ce qu'il va y en avoir pour longtemps? Et puis je ne sais même plus quoi y porter. J'ai demandé qu'on me change trois roubles. Dans tout le village, il n'y aYait pas un rouble d'argent. >> Il est évident qu'ici aussi il faut organiser un réfectoire. Et c'est, probablement, aussi nécessaire dans les autres villages d'ou on m'était venu demander des secours. De plus, on nous fait savoir que dans la partie sud du district de Tchern, à sa limite aYec celui de Effrenoff, la misere est très grande et jusqu'à présent on n'y a porté aucun secours. Il semblerait évident qu'il faut continuer et étendre notre action, et cela est posssible, car de nouvelles et assez importantes offrandes nous ont été em·oyées dans ces derniers temps : 500 roubles de la princesse Kondacheff, 1,000 roubles de Mme X... , 2,000 roubles de la Société dramatique. Mais en réalité il est presque impossible non seulement d'étendre notre activité, mais même de la continuer. Voilà les raisons pour lesquelles on ne peut le faire : le gouverneur d'Orel ne donne pas l'autorisation d'ouvrir les réfectoires : I) Sans s'être entendu avec le bureau local d'assistance publique; 2) sans avoir parlé de la question de l'ouverture de chaque réfectoire avec Monsieur le « zemski natchalnik ,, et 3) sans avoir
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