La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

/ LA FA~lll\E EX Rt.:SSIE EN 1898 131 Dans tous ces- villages on ne mélange pas au pain d'autres substances, comme on le faisait en 1891; mais ce pain, quoique pur, se trouve en quantité insuffisante et la majoritc des habitants n'a rien à faire cuire : ni sarrazin, ni choux, ni même des pommes de terre. La nourriture consiste en une soupe aux herbes à laquelle on n'ajoute un peu de lait que s'il y a une vache; en plus il n'y a que du pain. Dans tous ces villages la majorité des habitants a vendu ou engagé tout ce qui a été susceptible de l'être. Il en résulte que dans un rayon de sept à huit Yerstes la région est dans un besoin extrême. Il est si considérable qu'après aYoir organisé quatorze réfectoires, nous recevions tous les jours de nouvelles demandes de secours Yenant d'autres villages dans la même situation. Là ou les réfectoires sont organisés ils fonctionnent bien ; ils coôtent prés de 1 rouble 50 copecks par personne et par mois, et paraissent atteindre le but que nous nous sommes proposé, c'est-àdire conserver la vie et la santé des membres faibles des familles les plus paunes. Hier soir j'arrivais au Yillage Gouchtchino comprenant quaranteneuf Qli!nages, dont vingt-quatre ne possèdent pas de chevaux. C'était l'heure du souper. Dans une cour, sous deux: auvents nettoyés, se trouYaient assises autour de cinq tables quatre-vingts personnes, hôtes du refectoire: des Yieillards, hommes et femmes, étaient assis sur des bancs autour de grandes tables; les enfants, autour de petites tables, étaient placés sur des planches placées sur des souches. On venait de finir le premier plat (pommes de terre avec du kvass) et on servait le second, le chtchi aux choux. Des femmes Yersaient dans des tasses en bois la soupe fumante et bien préparée; un homme, une miche et un couteau à la main, allait autour des tables et coupait, en serrant la miche contre sa poitrine, des tranches d'un beau pain frais et odorant, qu'il donnait à ceux qui avaient fini de manger le leur (1). La maîtresse de la maison et une des femmes prenant là leurs repas ser\'ent les grandes personnes; une petite fille - la fille de la maîtresse de la maison - sert les enfants. Les consommateurs étaient pour la plupart maigris, épuisés, leurs vêtements élimés; c'étaient des vieux avec peu de barbe, blancs et chauves, et des vieilles toutes ridées. Sur tous les visages régnait _une expression de calme et de satisfaction. Tous ces gens avaient visiblement la disposition d'esprit paisible et joyeuse et même la lcgère exci- (1) Nous avons réussi à acheter au chemin de fer Sud-Est deux wagons de farine il 75 copecks tandis que dans notre localité elle coûtait 90 copccks, et cette farine a été si bonne que les gens ne peuvent en faire assez d'éloge; elle plaît :rnssi bien aux. femmes qui font les pains, car elle est commode à préparer, qu'aux consommateurs qui disent que le pain que l'on en fait est un vrai pain d'épices.

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