CHRO~IQUE THÉATRALE sujet; mais je la vQis tout autrement. La femme aurait épousé son premier mari sans amour, par convenance, - comme il arri\'e si souvent; elle :1Urait eu de lui un enfant. Puis enflammée d'amour pour un autre homme, elle aurait, poussée par un irrésistible entraînement, quitté d'elle-même son ménage, mari et enfant, pour épouser celui qu'elle ain:c. Le vrai sujet serait alors le déchirement de so11 cœur partagé entre l'homme adoré avec qui elle a Youlu ,·ine et l'enfant également adoré dont elle a dû se séparer. Voilà une donnée tragique pour qui la saurait traiter, donnée tout intime, touchant aux fibres les plus délicats de l'être, mais ou la loi n'a absolument rien à YOir. D'ailleurs, il est faux, quoiqu'on aime à répandre cette opinion, il est faux que le sort d'un enfant soit désespéré parce que ses parents sont séparés. Le thème de l'enfant abandonné, ou à demi abandonné, sans foyer, prête fort à l'attendrissement et à beaucoup de déclàmations sentimentales. C'est une convention courante qu'un enfant est heureux dans le « sein :de sa famille » et malheureux loin d'elle. Pourtant l'observation journaliére dément cc p1ùendu dogme des sociétés. Sans doute l'enfant trouYe, ou du moins peut trouYcr, au domicile familial, affection, tendresse, dlincries. ~lais comme la discorde, les querelles, les scènes, divisent une quantité considérable <le mariages, même parmi ceux qui ne vont pas jusqu'à se dissoudre, les a,·antages de l'éducation au foyer sont bien souvent compensés par de funestes exemples et d'odieux tableaux. Après tant <le mensonges il est temps <l'accorder que la famille, telle que la font le caractère et les passions de l'être humain, n'est pas le paradis que l'on se plait à dire, et qu'un enfant peut ètrc élevé, et bien élevé, loin <les siens. Le genre de la Revue Sociali.,fr ne permet guére quc l'on parle ici des pièces qui n'ont pas un intérêt social. Je ferai une exception pour dire le bien que je pense de cc charmant conte d'amour, laRei11eFiammeile. Des reproches sur la donnée, sur la structure de l'œune et les ressorts de l'action seraient sans portée. Les rigueurs inflexibles dans une pit'..-ccrl'.-aliste sont inutiles à une fantaisie qui ne prétend qu'a la grâce, au charme: et d'abord à la poésie, qualités bien plus rares, d'ailleurs, qu'une ordonnance exacte et sé\'érc. Et puis, à défaut de YÜité historique, il y a de la Yérité humaine; dans l';ime enfantine, p,1ssionnée, capricieuse, de cette gentille fiammettc. Cette âme légère nous est peinte· en vers remarquablement ciselés, dont l'ensemble forme une œu\Te éléCYantcet harmonieuse. li fallait au moim k 0 signaler ici : la beauté est utile à l'éducation des sociétés. GASTOX STJEGLER. -
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