REVUE DES REVUES I I I sont plutot alarmantes, et que ces contradictions, en montrant le peu d'importance aüachce à la vie morale par les couches profondes Je la population française, sont grosses de perils. Et c\.:st parce que j'aspire à l'unite, à l'homogén~ité, à la logique, que je voudrais voir les foules degagécs de ces contradictions. On les en dégagerait en constituant une morale scolaire indépendante 11011 seulement des dogmes mais de l'hypothèse dciste clic-même. Je sais bien que notre morale scolaire e!>t une morale de transition. M. Fouillée la qualifie de ncgati,·e. S'il parle des résultats, il n'a que trop raison; mais moins que pcr!>onne, lui qui écrit des manuel~ de morale pour nos enfants, il ne peut prétendre qu'elle soit ainsi. Disons qu'elle est un compromis entre la morale religieuse et la morale indépendante, qu'elle a pris à celle-ci son caractère laïque, mais qu'elle a gardé <le celle-hi l'essentiel, le point fondamental, gui est l'idce de Dieu. Or, je le rcpètc, les religions, en se retirant de l'esprit des foules, entrainent avec elles l'idce <leDieu. La base sur laquelle repose la morale scolaire est donc aussi fragile aujourd'hu~ qu'hier, et, en reculant la difficulté, nos moralistes officiels n'ont fait que l'aggraver. M. fouilh'.:e le sait bien, d'ailleurs, puisqu'il rêYc d'une « conciliation positive des doctrines >i, opposce :\la« neutralité négatiYe ». ~ulle religion, dit-il, ne peut protester contre h.: caractère impcratif <lubien. Toutes reconnaissent« une lumière naturelle gui éclaire tout homme ,·enant en cc monde». Fort bien jusqu'ici. On peut en cflct trouver une base morale dans la raison de l'individu, da,~s cet instinct hérité, et perfectionne à mesure, de ce gui est utile et de cc gui est nuisible à l'ensemble des indi,·idus. On peut même, mais cela deYicnt un peu plus <liniciledans un ctat social où des incgalitcs injustifü:es de situation ne se maintiennent que par des mensonges et des artifices que la clairrnyance populaire scrute chaque jour davantage, on peut même enseigner que l'intcrêt de chacun est lié ù l'intérêt de tous. On peut encore, mais en fortifiant sigulièrement .et pcrillcuserncnt la critique populaire sur les fortunes mal acquises et sur l'abus gui-en est fait, prêcher la supcriorité morale du laborieux qui limite ses besoins afin de les proportionner à ses ressources, et d'employer une part de celles-ci ù porter un aide efficace a ses frères en dctrcssc. Mais M. Fouillcc sent la fragilité d'un tel enseignement, et peut-ètrc aussi le danger. Aussi, après s'être passé de Dieu comme principe moral, se reconnaît-il i1~capablede l'éliminer comme sanction. Pour qu'on ne m'accuse pas de rendre inexactement sa pensée, je cite : « Si les différentes figurations théologiques de l'au-delà nous diYisent, cc n'est pas une raison pour en supprimer philosophiquement l'idcc et le souci, pour borner nos pensées, comme nos discours et nos actes, à l'cn-dcça ». Et voilà Dieu et l'immortalitè de l'âme réintroduits dans
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