La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

II2 LA RE\'UE SOCIALISTE la morale populaire. Dès lors, tout le reste est sans intérêt, et je ne comprends pas la peine que se donne M. Fouillée à étager par ordre de mérite l'idcal chrétien, l'idéal patriotique et l'idéal philosophique. A quoi bon prêcher la solidarité des êtres humains, la supériorité de l'amour sur la haine, l'ennoblissement de l'homme pensant et agissant pour le bien de tous. « Les motifs théologiques corroborent et sanctionnent», dit M. Fouillée. Comment ne YOit-il pas que, s'il les accepte, même à cc titre, ils sont par eux-mêmes tellement suffisants qu'ils font nécessairement disparaître tous les autres, ou tout au moins les rendent inutiles en les réduisant à l'état <le simples illustrations d'un texte fondamental et sacré. Et, je le lui demande, en quoi différera essentiellement l'enseignement «positif» de demain de l'enseignement « negatif » d'aujourd'hui? li y aura simplement un déplacement verbal de postulats, qui se chargeront bien, et tôt, de se remettre à leur vraie place. On pense bien que je ne conteste pas la tres grande valeur morale des preoccupations de M. Fouillée. Tres sincèrement démocrate et non moins epris <le haute culture intellectuelle et morale, l'éminent auteur de la théorie des idées-forces cherche avec ardeur à concilier le réalisme brutal des démocraties contemporaines et l'idéalisme sans lequel nulle société ne peut exister, et surtout progresser. Mais pourquoi chercher en dehors de la démocratie ce qu'elle contient en elle-même? Pourquoi conscrYer au sentiment de l'idéal un « ruteur » caduc qui est soutenu plutôt qu'il ne soutient, et dont la chute à plat ou le recul dans le plus lointain des spéculations métaphysiques peut entraîner la disparition <le l'idéal lui-même, et, par Yoiede conséquence, l'écroulement des bases morales nccessaires à toute société et à tout individu? Pourquoi chercher des principes extcrieurs et artificiels, à tout le moins hypothétiques et comme tels rejetés de l'immense majorité, pour guider une démocratie qui, si l'on veut l'examiner d'un peu près, contient ces principes en elle-même, et par cela seul qu'elle est la démocratie? Qu'est-ce· en effet, que la démocratie moderne? L'application de principes de liberté et d'cgalitc dans la solidarité, que ne connurent pas les sociétes antcricures au dix-neuvième siccle. Ces principes ont été formules au nom <l'un idéal de justice, et de ce qu'ils n'ont pas encore produit leur plein effet, et même que certains de ces effets semblent aller à l'encontre de ces principes dans le milieu capitaliste actuel, il ne s'ensuit point que la dcmocratie soit Yicieuse fondamentalement. On pourrait même dire, sans nulle exagéaation de forme ni de pensée, que le meilleur moyen de fonder une morale publique, qui fùt pleinement d'accord avec la morale personnelle, serait de développer la démocratie dans le sens même de ses propres principes. C'est, qu'on ne s'y trompe pas, l'unique moyen qui existe

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==